Permis de donner

L'acteur britannique Roger Moore, aux côtés de son collègue Michael Caine, en avril 2000
Photo: Adrian Dennis Archives Agence France-Presse L'acteur britannique Roger Moore, aux côtés de son collègue Michael Caine, en avril 2000

En 2006, Roger Moore était de passage à Québec à l’occasion d’un festival consacré à la série James Bond. Plongée dans nos archives.

Aujourd’hui âgé de 78 ans, l’acteur anglais Roger Moore sera bientôt dans la capitale québécoise à l’occasion d’un nouveau festival consacré à la série James Bond. À quelques jours de cette mission, qui n’a rien de secrète, l’ancien espion nous révèle quelques mensonges.

 

En nous donnant le numéro de téléphone de sir Roger Moore, l’attaché de presse avait insisté : « Je te rappelle que c’est un numéro confidentiel... » Bien sûr, c’est top secret.

 

Depuis sa résidence de Londres, l’acteur répond de sa voix grave avec toute la superbe du gentleman anglais. James Bond n’aurait pas fait mieux. Les invitations ne manquent pas, on s’en doute, dans le carnet mondain de cet ami de Joan Collins et de la famille royale du Danemark. S’il a accepté de se rendre à Québec, c’est parce que la fille d’un vieil ami le lui a demandé.

 

« Hillary Saltzman est la fille d’Harry Saltzman qui a produit de nombreux James Bond. Nous étions amis depuis 12 ou 13 ans lorsque j’ai commencé à jouer dans la série. » Décédé en 1994, Harry Saltzman a coproduit, avec Albert Broccoli, les neuf premiers James Bond, de Docteur No (1962) à L’Homme au pistolet d’or (1974).

 

Sa fille Hillary a récemment quitté Los Angeles pour s’installer à Québec, où elle a découvert que, contrairement à ce qu’elle avait toujours cru, son père n’était pas né au Nouveau-Brunswick, mais à Sherbrooke. C’est donc en partie grâce à un Québécois si Roger Moore est devenu James Bond en 1973.

 

« J’ai rencontré Harry Saltzman en même temps que Broccoli, à Londres. » Le lieu était pour le moins prémonitoire. « À quelle occasion nous sommes-nous rencontrés ? [Rires.] En fait, c’était au cours d’une partie de chemin de fer, dans un casino ! Il est vrai que le futur James Bond et ses producteurs ne pouvaient se rencontrer dans un autre endroit que celui-là. »

 

James Bond humanitaire

 

Intitulé Vue sur Bond, le festival auquel l’acteur participera du 24 au 26 février vise à recueillir des fonds pour le Festival de cinéma des trois Amériques, qui offre chaque année aux gens de Québec une heureuse solution de rechange au cinéma hollywoodien en présentant des œuvres latino-américaines, du cinéma américain indépendant et des documentaires.

 

L’événement Bond promet d’être aussi glamour que son objet. Le gratin local est notamment convié à un souper-bénéfice à 2000 $ le couvert au Château Frontenac, en compagnie de Roger Moore et des autres vedettes invitées (la chanteuse Shirley Bassey, le réalisateur Guy Hamilton, la Bond Girl Britt Ekland et l’acteur Richard Kiel, alias Jaws).

 

Shirley Bassey chantera Diamonds are Forever, Goldfinger et Moonraker lors d’un grand concert au Grand Théâtre, et quelques privilégiés pourront assister à de fausses poursuites à ski sur les pistes du mont Saint-Anne. Quant au grand public, il pourra assister à des projections gratuites des films de la série au cinéma Imax.

 

Une partie des fonds recueillis ira également à l’UNICEF, suivant la volonté de Roger Moore, qui est l’ambassadeur spécial de l’organisation depuis déjà 15 ans. Lorsqu’on lui fait remarquer que son rôle de défenseur de la veuve et de l’orphelin tranche énormément avec celui de l’espion macho et égocentrique qu’on connaît, l’acteur fait remarquer que c’est l’insouciant James Bond qui permet aujourd’hui à l’ambassadeur de l’UNICEF d’attirer l’attention des gens et des médias.

 

Il trouve même la contradiction plutôt amusante : « Un des projets que nous défendons consiste à encourager les femmes à nourrir les bébés au sein plutôt qu’au biberon, et je me suis toujours dit qu’il est plutôt ironique qu’un ancien James Bond parcoure le monde pour convaincre les femmes d’allaiter ! »

 

Ce qui ne l’empêche pas de déplorer son insouciance passée : « Vous tournez partout dans le monde. Et vous êtes si absorbé par votre petit milieu, à vous assurer que vos vêtements sont propres, que vous n’avez pas trop sué, à vous demander ce qui est au menu du prochain repas, que vous n’êtes pas vraiment conscient de la réalité du monde. J’ai véritablement commencé à me réveiller quand Audrey Hepburn m’a fait entrer en contact avec l’UNICEF. Oui, j’ai éprouvé un certain sentiment de honte d’avoir été aussi ignorant. »

 

Contes de fées pour adultes

 

Moore n’a visiblement jamais pris Bond trop au sérieux. Son interprétation du personnage de Ian Flemming était d’ailleurs teintée d’une ironie particulière qu’on ne retrouvait pas chez Sean Connery, par exemple. « Bond est censé être un espion. Mais comment un espion peut-il être connu de tous les barmans du monde ? Chaque fois qu’il entrait dans un bar, on savait qu’il fallait lui servir une vodka-Martini bien brassée et on lui disait : “Bonjour, M. Bond.” Je ne pouvais donc pas faire autrement qu’interpréter le personnage avec un sourire en coin. »

 

Malgré son sens de l’humour, l’acteur anglais ne s’est pas pressé pour aller voir les films de la série Austin Powers. « Je sais que ça se veut une parodie des James Bond, mais, à mon avis, on ne peut pas les parodier parce qu’ils sont en soi des parodies des films d’espionnage. »

 

La série 007, croit-il, doit être prise pour ce qu’elle est : du bon divertissement. « Ça fait plus de 40 ans que Bond est à l’affiche, et je crois que les spectateurs en ont pour leur argent. On leur montre des destinations exotiques, de belles femmes, tous les gadgets qu’ils veulent. C’est une version adulte des contes pour enfants. Ceux-ci veulent toujours que vous leur contiez leur histoire préférée et, si vous la changez, ils se fâchent. »

 

Le grand charmeur

 

Les spectateurs n’ont pas été les seuls à vivre leurs rêves. « Pendant 14 ans, tous les deux ans, je passais quatre ou cinq mois en tournage avec le même groupe de personnes. C’était génial, je me rendais au cinéma pour retrouver un groupe d’amis et m’amuser, et j’étais payé pour cela ! »

 

Et cette carrière, en plus, n’a visiblement pas nui à son succès auprès des femmes. Le grand charmeur, marié quatre fois, a déjà déclaré à un média espagnol qu’aucune de ses ex-femmes n’avait voulu se séparer de lui parce qu’il était tout simplement « adorable ». En 1980, on l’a même vu à la télévision en train de draguer la marionnette Miss Piggy lors d’un passage au célèbre Muppet Show. Mais, apparemment, ça n’a pas collé.

 

Sinon, de l’expérience 007, ce sont les médias que Roger Moore a le moins appréciés. « James Bond est une machine de promotion incroyable. Je me rappelle d’un tournage où on avait 180 journalistes sur le plateau. Chacun voulait faire une entrevue. Mais il fallait réaliser le film ou les entrevues, on n’avait pas le temps de faire les deux. Alors, je mentais beaucoup. Je répétais toujours la même chose, ou bien j’inventais des histoires. Je disais tout ce qui me passait par la tête. »

 

Évidemment, lorsqu’on lui demande si tout ce qu’il nous a dit depuis le début de l’entrevue était un tissu de mensonges, 007 répond : « Bien sûr, tout était faux. »