Comment se complaire dans l'inutile...

Quelqu'un espérait-il réellement le (perpétuel) retour de la Panthère rose? C'est la question, pas très existentielle j'en conviens, qui se pose devant The Pink Panther, de Shawn Levy, renouant avec Steve Martin après Cheaper by the Dozen. Une fois encore, le duo se complaît dans l'inutile en décrivant la mise au monde de l'inspecteur Clouseau, star improbable des fins limiers issus de la France profonde. Car avant de trébucher dans les fleurs du tapis tout en buvant des dry martini parmi la jet-set des années 60 (la touche Blake Edwards avec ce génie comique qu'était Peter Sellers), l'homme brillait par sa bêtise — mais au fond de sa province.

Cette «genèse», nullement sacrée même s'il s'agit d'une série à succès qui n'en connaissait plus depuis longtemps (Roberto Benigni fut déjà appelé à la rescousse dans The Son of the Pink Panther), permet à Steve Martin, également coscénariste, de renouer avec le cabotinage. La parenthèse Shopgirl laissait pourtant planer des espoirs de rémission... Arborant la casquette et l'imperméable de Clouseau, il multiplie les catastrophes bien plus que ne le faisait Sellers, dont le rôle était devenu pour lui un boulot. Pour Martin, c'est l'occasion rêvée de mettre Paris, et plus tard New York, sens dessus dessous: quand ce n'est pas un globe terrestre qui provoque des accidents de voiture, c'est une suite présidentielle qui se transforme en champ de bataille.

Il y a bien sûr un prétexte brillant de mille éclats, un diamant pourvu d'une précieuse imperfection rosâtre en forme de panthère, dérobé à un tyrannique entraîneur lors d'un match de soccer, assassiné au passage. Pour résoudre cette affaire, le chef inspecteur Dreyfus (Kevin Kline, à quand un autre Fish Called Wanda pour qu'enfin il nous fasse rire?) décide d'engager le dernier des imbéciles, en l'occurrence Clouseau, déterminé à le tasser au moment opportun pour récolter les honneurs. Entouré d'une secrétaire timide (Emily Mortimer) et d'un assistant à la couenne dure (Jean Reno, le Français de service du cinéma américain), ses soupçons, et son regard, se portent sur une chanteuse (Beyoncé Knowles, tout au plus un décolleté), célèbre compagne du défunt entraîneur.

De la même manière que le compositeur Christopher Beck livre une version techno de la célèbre mélodie d'Henry Mancini, quelques notes dont l'efficacité ne se dément pas 40 ans plus tard, on se retrouve devant un Pink Panther planté à notre époque pour décrire un personnage d'un autre âge. En fait, entre deux cabrioles et un anglais cassé à la française — la meilleure scène du film se résume à un cours d'initiation à l'accent américain, Clouseau répétant jusqu'à plus soif «I would like to have a hamburger» —, on assiste à la vulgaire séance de French bashing dont Hollywood a maintenant le secret. Sellers interprétait un nigaud dans un monde qui toujours le dépassait; Martin non seulement cède aux facilités grossières et sexuelles pour ados attardés mais dépeint la France comme si Clouseau n'était pas l'exception, mais la règle...

À qui s'adresse ce nouveau Pink Panther aussi peu pétillant qu'une coupe de champagne traînant sur le zinc à la fin d'une mauvaise soirée? Certainement pas aux nostalgiques de Peter Sellers, et encore moins aux amoureux de la France. «I would prefer a hamburger... »



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