Cher revolver...

Par son thème, Dear Wendy s'inscrit dans la lignée des films de Lars von Trier qui posent un regard frontal sur l'Amérique, comme Dancer in the Dark, Dogville et Marderlay. C'est ce grand cinéaste danois qui a écrit le scénario de Dear Wendy. Son compatriote Thomas Vinterberg, associé au départ avec lui dans l'aventure Dogma, école de contraintes qui a offert au septième art plusieurs bijoux, s'était fait remarquer avec l'excellent Festen, cruelle histoire de famille fruit du Dogma. Il est plus réaliste que le stylisé Von Trier, d'où ce désir partagé de frotter le texte de l'un à l'imagerie de l'autre, pour ancrer la métaphore dans la glèbe.

Car c'est d'allégorie qu'il est question ici. L'aventure d'une bande de jeunes gens de la ville minière d'Estherslope aux États-Unis, qui découvrent la passion des armes à feu, prête, bien entendu, à une satire de la violence américaine.

Tant Lars von Trier que Thomas Vinterberg estiment que, quoique Danois, ils sont, par la bande, Américains, car cette culture dominante les a nourris. Ils réfutent donc haut et fort l'accusation de décrier de l'extérieur les États-Unis (qui n'apprécient guère la critique venue d'Europe) à travers leur chapeau. Comme Von Trier, tout en situant l'action aux États-Unis, Thomas Vinterberg a tourné en Europe (en Allemagne dans le cas de Dear Wendy, mais avec des acteurs anglais et américains).

Beau film, peut-être trop lisse toutefois, ayant du mal à sortir des rets du symbole pour s'incarner, malgré tous les efforts du cinéaste qui a cherché à donner vie à ses héros, mais n'a pas évité les pièges de la stylisation, jusque dans le traitement de l'image, le jeu des éclairages savants et la voix du narrateur qui nous entraînent du côté de la fable.

Les décors de la petite ville évoquent ceux des westerns mythiques. Oui, le monde du symbole est omniprésent. Le héros, Dick, est un jeune homme renfermé et pacifique qui, en tenant en main un revolver qu'il croyait jouet, se découvre la passion des armes et forme le club des dandys, où, costumés, des jeunes gens s'initient au maniement des armes tout en les collectionnant avec ferveur jusqu'au dénouement, tragique comme il se doit. La facilité à se procurer des armes est le point central de la démonstration, faisant basculer les protagonistes dans un univers qu'ils n'ont pas choisi au départ.

Wendy est un revolver d'ailleurs, auquel s'adresse le héros adolescent comme à son journal, renvoyant la fable au monde du jeu. L'initiation au monde adulte passe par ce rituel armé au tir de plus en plus sophistiqué et maîtrisé.

Bonne distribution où surnage Jamie Bell en Dick, figure ambiguë, à cheval entre bien et mal, sorte d'ange à l'innocence profanée par Wendy mais aussi par les jeux de pouvoir, les dynamiques de meutes. Stevie, son lieutenant (Mark Webber), est un technicien génial de balistique. Ajoutez la jeune Susan, jouvencelle doublée d'un as du pistolet. Sebastian (Danso Gordon) constitue la figure la plus faible du lot, assez plaquée, afro-américain authentique tueur qui atterrit dans un monde ludique qui n'est pas le sien, en le confrontant. À ce personnage ballotté, son interprète n'arrive guère à insuffler du charisme.

Chacun des protagonistes représente une facette de cette Amérique où le mythe se confronte au réel. On reprochera à Dear Wendy de manquer de tonus pour convaincre de la réalité flottante de cette chapelle en panne de prise sur sa société.

Autant dans Dogville Lars von Trier parvenait, malgré les conventions du théâtre, à donner un souffle à chaque personnage, autant ici chacun glisse un peu dans un univers d'artifice où l'on cherche une poignée. La direction artistique est superbe, le jeu en général convaincant, mais l'allégorie ne possède guère la portée de sa charge.