Requiem pour un festival

Le Festival international de films de Montréal (FIFM), dont la première présentation l'automne dernier s'était soldée par un cuisant échec, vient de se saborder... cette année du moins. Un communiqué nous annonçait hier que le regroupement à sa tête renonçait à présenter la manifestation en 2006.

Ce communiqué, par ailleurs ambigu, laisse dans les limbes les visées futures du FIFM à partir de 2007. Chose certaine, s'il renaissait de ses cendres, toute une nouvelle machine devrait se mettre en branle l'an prochain, sans le concours de l'Équipe Spectra, et sans Moritz de Hadeln qui part aussi. Le regroupement espère peut-être que le trentième Festival des films du monde, l'été prochain, sera son chant du cygne et qu'il pourra relancer sa ligne à l'eau.

«Tout indique que les raisons qui ont mené à la création du regroupement demeurent plus que jamais valables et il est à espérer, pour le bien de notre métropole, que tous les intervenants du milieu du cinéma puissent bientôt mettre fin à la situation qui règne encore chez nous», poursuit le communiqué en ouvrant la voie à d'éventuels lendemains pour un nouveau festival.

Rappelons que le FIFM avait été mis sur pied à la demande de Téléfilm et de la SODEC afin de succéder au Festival des films du monde en perte de vitesse, lequel était pourtant resté debout et le sera encore cette année. Quant au Festival du nouveau cinéma, il a refusé de s'associer au nouveau rendez-vous de films en 2005 comme en 2006, d'où la folle saga de trois festivals en continu l'automne dernier.

«Dans la conjoncture actuelle et compte tenu de l'expérience de 2005, nous voulions à tout prix éviter que Montréal projette encore une image incohérente à l'international avec plusieurs festivals concurrents», a expliqué Alain Simard, président sortant du regroupement, qui a abandonné avec son équipe le navire tanguant du cinéma.

Spectra a d'autres rendez-vous culturels à gérer (dont le Festival international de jazz de Montréal), moins casse-gueule qu'un rendez-vous de films dans un contexte de division, et gardera ses énergies pour eux à l'avenir. Dont acte.

À deux reprises, le communiqué du regroupement, passant vite sur les ratés de la mouture 2005 du FIFM, impute la responsabilité de cet échec au Festival du nouveau cinéma (FNC) qui a refusé de se rallier à cette structure malgré une nouvelle offre de fusion. Bruno Jobin, directeur général du FNC, a précisé hier qu'il y a bel et bien eu des discussions avec le FIFM ces derniers temps mais que le FNC avait entrepris dès décembre de développer sa propre formule, à son avis capable de prendre position sur la scène internationale tout en se collant aux besoins du public.

Parallèlement, Moritz de Hadeln, qui avait été nommé directeur artistique du FIFM, faisait parvenir hier son propre communiqué annonçant la fin de sa collaboration avec le regroupement. L'automne dernier, les divergences de visions entre Moritz de Hadeln et le président du FIFM, Alain Simard, avaient éclaté dans les médias, ce qui n'avait guère contribué à dorer le blason de ce nouveau festival.

«Après avoir maintes fois vanté l'intention d'une politique de transparence vis-à-vis des médias, il est regrettable que le regroupement se soit cantonné depuis trois mois dans le mutisme quant à ses intentions», affirmait hier Moritz de Hadeln en précisant que les modalités de son départ sont en voie de négociation et que même ses honoraires et les remboursements dus pour 2005 n'ont pas encore été pleinement honorés.

«Invité en février dernier comme directeur artistique d'un nouveau festival de films de Montréal, un festival voulu par la SODEC et Téléfilm Canada et alors qu'il était question d'une association avec le Festival du nouveau cinéma et la fin du Festival des films du monde, Moritz de Hadeln s'est rapidement trouvé confronté avec la situation intenable de trois festivals concurrents à Montréal en moins de deux mois, à laquelle s'est ajouté le peu d'expérience de l'Équipe Spectra en matière d'organisation d'un événement cinématographique», poursuit le communiqué émis par l'ex-directeur artistique du FIFM.

Moritz de Hadeln estime avoir rempli son mandat, avec des premières mondiales et des films de qualité, sans que le succès public ait été au rendez-vous. Il tire sa révérence en remerciant tout le monde, dont l'Équipe Spectra. Mais toutes ces bisbilles laissent des traces et des questions sans réponses.

On ignore encore qui épongera le déficit de 800 000 $ du FIFM 2005. Téléfilm Canada avait indiqué que si Spectra lâchait le morceau, l'institution fédérale n'évaluerait même pas la possibilité de verser un sou dans le trou noir. Les dirigeants des institutions, présents au Festival de Berlin, n'étaient pas joignables hier en fin d'après-midi, après l'envoi du communiqué. Or Téléfilm Canada comme la SODEC devront rendre des comptes au public au sujet non seulement des ratés du FIFM mais aussi de leur gestion des festivals montréalais en 2006, y compris le Festival des films du monde, qu'ils ne finançaient plus. Au cours des prochains jours, de nouveaux éléments venus d'en haut devraient, on l'espère, éclairer notre lanterne dans ce dossier aussi rebondissant qu'obscur.

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