Un orignal avec ça?

Étrange et beau documentaire que ce premier long métrage de Jean-François Caissy. Dans La Saison des amours, la chasse à l'orignal, pratiquée par des familles amies qui se retrouvent chaque année en Gaspésie pour ce rituel, n'entend pas traiter en priorité du corps à corps entre le fusil et le grand mammifère. Comme il n'entend guère non plus exposer en majesté les beaux paysages gaspésiens.

L'action se déroule en plein bois dans l'intimité. C'est d'amitié et d'amour qu'il est question ici: ceux des couples, les familles Caissy et Landry, réunis le temps d'une chasse comme en vacances, reformant chaque automne leur communauté dispersée le reste de l'année. S'arrimant à une tradition qui s'est d'abord jouée au-dessus de leur génération et qu'ils perpétuent.

Jean-François Caissy appartient à une de ces familles, sans se passionner pour la chasse. C'est après avoir participé à une de ces rencontres qu'il a voulu en filmer ces étranges retrouvailles. Sa caméra pénètre dans les roulottes, se penche particulièrement sur certains couples. Ici, le monde des femmes et celui des hommes participent à des univers distincts. Le machisme est roi: les hommes aux fusils, les femmes à la casserole, mais dans une atmosphère de partage où le bonheur des échanges prime sur tout.

Par-delà des épisodes de chasse, tout compte fait sobrement abordés en quelques scènes courtes, c'est le quotidien des chasseurs, les fous rires, les repas partagés, qui forment l'essentiel du film. Jean-François Caissy sait capter les moments d'émotion avec une vraie finesse, une tendresse aussi, comme il sait filmer la nature, sans viser le spectaculaire, juste en touchant du doigt sa beauté. Le réalisateur traque les confidences des femmes, la forfanterie des hommes qui se sentent rois avec leurs armes en main. Le milieu décrit évoque davantage le Québec d'hier que celui d'aujourd'hui, peut-être parce que ces moments liés aux traditions révèlent des comportements archaïques enfouis, soudain mis au jour.

Par-delà le machisme omniprésent, l'amour des couples, qui s'inventent de nouvelles lunes de miel dans ces rendez-vous en plein bois, se révèle aussi à l'écran, à travers des regards, des secrets confiés, attrapés au vol. La relation de confiance entre le jeune cinéaste et ses modèles a permis ce naturel et cet abandon sans censure. Il nous invite chez ces familles, dont on partage, sans être toujours d'accord, la passion et les amitiés, avec l'impression d'être entré par effraction chez des gens aux rituels étranges, sauvages, anciens et fascinants.

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