À voir à la télévision le samedi 11 février- Pas de cadeaux

Comme s'il s'agissait d'une tare, certains accusent Ken Loach (Kes, My Name Is Joe, Bread and Roses) de porter sa caméra à gauche, de prendre le parti des faibles plutôt que celui des puissants, de faire de l'économie une machine à broyer les individus. Ceux qui prônent tout le contraire sont si nombreux que le cinéaste britannique n'en devient que plus essentiel...

Il l'a prouvé une fois de plus dans Mes 16 ans (Sweet Sixteen, 2002), montrant, sans artifices, la dévastation d'une petite ville d'Écosse rongée par la drogue, le chômage, la délinquance, résultat de politiques économiques à (très) courtes vues. Liam (Martin Compston, un non-professionnel qui pourrait en montrer à bien des acteurs) ne veut pas de ce destin sombre: ni pour lui, ni pour sa soeur et son enfant, ni surtout pour sa mère, qui s'apprête à sortir de prison. Et c'est dans une roulotte qu'il veut loger sa famille, loin de l'amant de sa mère, un revendeur de drogue minable et violent. Et c'est le même chemin criminel que Liam va emprunter pour payer cette roulotte qui devrait supposément changer sa vie et celle de son entourage. Mais dans ce monde, la vie ne fait pas de cadeaux, même pour ses 16 ans.

Comme toujours chez Ken Loach, les personnages affichent une telle humanité qu'il n'y a aucune place pour une quelconque approche manichéenne: les salauds ont leurs raisons et les âmes bien intentionnées peuvent trébucher, et ce à tout moment. C'est pourquoi ce récit d'apprentissage se révèle d'une bouleversante authenticité, le cinéaste refusant les compromis, les solutions faciles, et surtout un optimisme aveugle qui paraît incongru dans pareil milieu. Même si quelques notes d'humour viennent alléger ce portrait, il en émane cette tristesse si particulière à Ken Loach, jamais mièvre, appelant tout autant à la solidarité qu'à la lucidité. Les deux ne sont pas compatibles, du moins dans ses films...

Cinéma / Mes 16 ans

Télé-Québec, 22h30