À voir à la télévision le mardi 7 février - Stone, le monde de stone

C'est avec Platoon (1986) qu'Oliver Stone s'est imposé auprès du grand public mais, à Hollywood, on connaissait déjà ce scénariste fou furieux, marqué au fer rouge par la guerre du Vietnam et dont la rage, du moins sur grand écran, commence à peine à s'estomper. Après quelques commandes où hémoglobine et testostérone faisaient bon ménage (Midnight Express, d'Alan Parker, Scarface, de Brian De Palma, et, tenez-vous bien, Conan le Barbare), il a fait son entrée comme cinéaste avec Salvador (1985). Il y décrit, détails sanglants à l'appui, le chaos qui régnait dans ce pays d'Amérique centrale au début des années 1980.

Le tout est bien sûr observé d'un point de vue américain, mais attention: Stone s'est inspiré d'un journaliste pour qui l'objectivité est une notion abstraite. Derrière le personnage de Richard Boyle (interprété par un James Woods survolté, dont l'exaspération se nourrit d'un tournage casse-gueule) se profile l'ombre d'Hunter S. Thompson, lui qui a souvent vu la réalité à travers des yeux vitreux, des volutes de fumées bleues, ou sous influence, peu importe laquelle! On n'a qu'à songer à Fear and Loathing in Las Vegas pour s'imaginer le cinéma intérieur de l'homme.

Le même désordre psychique règne dans Salvador: Boyle n'a plus un sou, sa famille s'est envolée, sa réputation enviable de journaliste a à jamais disparu. Avec un ami aussi politisé que peut l'être l'Américain moyen (James Belushi), il s'embarque, alcool et drogues sur le siège arrière, pour cette région où les problèmes se règlent à la pointe du fusil. Boyle découvre alors que, pour mater les forces révolutionnaires, le gouvernement et l'armée n'hésitent pas à recevoir l'aide (militaire) de Washington. Ce premier film d'Oliver Stone installait déjà sa manière jamais subtile de régler le sort du monde, à coups de mitraillettes si possible, en profitant au passage pour décocher quelques flèches à l'endroit des politiciens américains, qu'il voit comme des ennemis cachottiers et paranoïaques. Sur ce point, il n'est pas près de se calmer...

Cinéma / Salvador
Artv, 19h30

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.