À voir à la télévision le samedi 4 février - La question sans réponse

Elle arpente les rues de Montréal pendant un été d'une chaleur étouffante, armée d'une caméra numérique trouvée dans un parc. Puisqu'elle n'a rien à perdre, surtout après avoir volontairement quitté son emploi de conceptrice publicitaire, son seul but est d'aborder des inconnus pour leur poser une question qui la chicote: «Qu'est-ce que le bonheur?»

Dans Le bonheur c'est une chanson triste, de François Delisle, il n'est pas certain que le spectateur trouvera lui-même une réponse claire et objective à cette question. Et il ne devrait pas en être attristé. Car la quête d'Anne-Marie (Anne-Marie Cadieux dans un de ses plus beaux rôles au cinéma) réside moins dans les propos qu'elle entend que dans ce besoin, viscéral, d'entrer en contact avec les autres, de partager un moment fugace de complicité pour retrouver un peu de cet équilibre perdu. Des rencontres, elle en fera, et de toutes sortes, surprise par la générosité de ses amis de passage, une adolescente perturbée, une célibataire en mal d'amour, un immigrant africain ou encore des personnes surgies de son passé, dont un ancien amant (Frédérick De Grandpré).

Tous ces échanges semblent d'une grande spontanéité et François Delisle a pris soin de donner au film un aspect documentaire, joyeusement débridé, comme si tout cela surgissait grâce à la seule magie du hasard. Et pourtant, Le bonheur c'est une chanson triste, avec sa facture dépouillée, son image granuleuse, donne une illusion d'authenticité alors que sa vérité est ailleurs: dans la simplicité de la démarche, ses charmants clins d'oeil au cinéma (français) d'une autre époque, où l'on songe autant à Chris Marker qu'à Jean Rouch. De plus, comme pour ajouter à la nostalgie, François Delisle donne au Bonheur des allures de comédies musicales, celles revues par Jacques Demy mais surtout Eric Rohmer, celui de L'Arbre, le maire et la médiathèque. Mais, quel bonheur, on ne voit pas surgir Arielle Dombasle...

Cinéma / Le bonheur c'est une chanson triste
Télé-Québec, 22h30