De l'importance d'être infidèle

Dans A Good Woman, la présence d’Helen Hunt suscite un véritable malaise.
Source: Christal Films
Photo: Dans A Good Woman, la présence d’Helen Hunt suscite un véritable malaise. Source: Christal Films

Lady Windemere's Fan (1892) ne figure pas parmi les pièces les plus connues d'Oscar Wilde. Elle suscite peu d'intérêt chez les cinéastes — si l'on exclut Ernst Lubitsch en 1925 et Otto Preminger en 1949 — et peut se transformer sans que les spectateurs crient au sacrilège. C'est cette liberté que Mike Barker et le scénariste Howard Himelstein ont prise dans A Good Woman, situant l'action non pas à Londres à la fin du XIXe siècle mais à Amalfi, une exquise petite ville côtière italienne. En 1930, dans cet endroit de rêve et de parures, la Dépression, on ne connaît pas...

Mrs. Erlynne (Helen Hunt) commence à le découvrir puisque son luxueux train de vie ralentit dangereusement; à New York, les hommes mariés n'ont plus les moyens d'entretenir leur maîtresse. En vendant ses précieux bijoux, elle se rend à Amalfi, retrouvant de riches Anglais et Américains qui y séjournent dans l'insouciance, les commérages et l'alcool. Erlynne cherche sa nouvelle proie et jette son dévolu sur Robert Windemere (Mark Umbers), marié depuis peu à la radieuse Meg (Scarlett Johansson). Leurs rencontres secrètes — rarement décrites à l'écran, et non pas par puritanisme — excitent la curiosité de l'entourage et offre à lord Darlington (Stephen Campbell Moore), un dandy impénitent, l'occasion rêvée de courtiser Meg, la seule à ne se douter de rien. Et ce que la nouvelle mariée ignore, ainsi que toutes les langues de vipère qui l'encerclent, c'est que cette femme volage et calculatrice est en fait sa mère, qu'elle croit morte depuis 20 ans et à qui elle voue une véritable dévotion...

A Good Woman fait partie de ces films qu'il est possible d'apprécier sans efforts, et d'oublier aussi vite. On se laissera ainsi obnubiler par la beauté de cette enclave dorée qui respire l'indolence et l'opulence, théâtre paradoxal planté dans une époque qui s'apprête à s'enfoncer dans la misère. Et que dire de ce festival de la réplique qui fait mouche, où les acteurs enfilent les perles d'Oscar Wilde, sur le mariage comme tombeau de l'amour, ou caisse-enregistreuse!, et sur une certaine hypocrisie sociale que le dramaturge n'a cessé de dénoncer. Et c'est un plaisir d'entendre de la bouche du grand Tom Wilkinson, personnifiant ici un prétendant tenace devant une Mrs. Erlynne hésitante et le plus élégant de cette (disparate) distribution, déclarer: «Every saint has a past and every sinner has a future... »

On ne peut malheureusement pas en dire autant d'Helen Hunt, dont la présence suscite un véritable malaise; ce choix de Mike Barber s'avère, d'une scène à l'autre, inexplicable. New-Yorkaise, soit, mais femme fatale? Cherchant à atténuer la méchanceté de son personnage, empêtrée dans un monde qu'elle parcourt elle-même en touriste — des dizaines d'actrices anglaises moins connues auraient relevé le défi sans même lever le petit doigt... —, elle semble égarée, tout comme Scarlett Johansson, dont l'angélisme n'est qu'artifices, loin des nuances que Woody Allen a su tirer d'elle dans Match Point.

Devant ce bel ouvrage sans personnalité signé par un réalisateur trop longtemps cantonné à la télévision, on serait porté à croire qu'il figure davantage du côté des saints que des pécheurs...

Collaborateur du Devoir

- V.o.: Forum, Cavendish, des Sources.

- V.f.: Quartier latin.

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