Décès du père de l'art vidéo

Nam June Paik, pionnier de l'art vidéographique, est décédé dimanche dernier à l'âge de 74 ans, dans sa maison en Floride. Il souffrait d'une paralysie partielle depuis un arrêt cérébro-vasculaire survenu en 1996.

L'artiste américano-coréen, dont les oeuvres ont fait le tour de tous les grands musées d'art moderne et contemporain, fut le premier à penser la vidéo en termes artistiques et à utiliser «la TV comme médium créatif», titre d'une exposition collective présentée dans une galerie new-yorkaise en 1969. C'est aussi à lui qu'on doit l'expression «information highway» (autoroute de l'information), forgée en 1976, soit bien avant le triomphe d'Internet.

Fuyant la guerre de Corée en 1950, il se réfugie à Hong-Kong et au Japon, où il poursuit ses études en musique et en esthétique. Mais c'est en Allemagne, au cours de ses études supérieures en philosophie, qu'est lancée sa carrière artistique. Il joint les rangs du mouvement d'avant-garde Fluxus, d'inspiration néo-dada, qui brouille les frontières entre l'art et la vie à travers des performances et des happenings, et il fait la connaissance déterminante des compositeurs Karlheinz Stockhausen et John Cage, à qui il dédiera une performance-hommage.

Il amorce aussi ses expérimentations de distorsion d'images à partir d'aimants apposés sur les tubes cathodiques, ce qui donnera plus tard l'oeuvre intitulée Magnet TV. À sa recherche plastique, il joint celle d'ingénieurs du son et de musiciens pour créer des installations, véritable sculpture vidéo, évoquant la médiatisation du monde.

Sa première grande exposition, à Wuppertal en 1963, pose un jalon dans l'histoire de l'art, marquant la naissance de l'art vidéo. Dans Music and Electronic TV, une douzaine de téléviseurs, dont les composés électroniques modifiés créent des interférences dans l'image, sont dispersés dans l'espace d'exposition. TV Bouddha, installation vidéo dans laquelle une statue du Bouddha fait face à un moniteur, contemplant son image filmée par une caméra fixe, figure parmi ses oeuvres culte.

Mais c'est à la fin des années 70 qu'il connaît la consécration, lorsque les musées d'art moderne de New York (1997) et de Paris (1978) mettent son oeuvre en vitrine. Les Jeux olympiques de Séoul ont fait une place à sa sculpture monumentale composée de 1000 téléviseurs. Les musées Guggenheim de New York (2000), de Bilbao (2001) et de Berlin (2004) ont présenté les dernières rétrospectives majeures de l'artiste.

Nam June Paik a fortement marqué la scène artistique canadienne, qui s'est très tôt intéressée aux recherches sur l'art vidéo. Dès 1971, l'institution montréalaise Vidéographe a proposé aux habitants de la ville de réaliser eux-mêmes leurs bandes diffusées ensuite à travers tout le pays. Le chorégraphe Édouard Lock, directeur artistique de la célèbre troupe La La La Human Steps, a collaboré avec lui pour sa pièce Wrap Around the World (1998).