Exposition - Cherchez le commissaire

Québec — L'exposition Krakov à Québec, présentée actuellement dans les centres d'artistes de Québec, déçoit beaucoup. Ce n'est pas tous les jours qu'une trentaine de représentants de l'art actuel polonais se pointent ici. Dommage que cette rencontre prenne la forme d'un curieux rendez-vous manqué.

Le projet n'était pourtant pas dépourvu d'intérêt. Initié par le centre Le Lieu, qui se dédie essentiellement à l'art de la performance, l'échange a permis l'an dernier à une quinzaine d'artistes de Québec (Patrick Altman, André Barette, BGL, Henri Louis Chalem, Doyon-Rivet, Murielle Dupuis-Larose, Jean-Claude Gagnon, François Lamontagne, Diane Landry, Richard Martel, James Partaik, Jean-Claude St-Hilaire et Carlos Sainte Marie) de présenter leur travail au Bunkier Sztuki de Cracovie. Le moment était venu de recevoir les Polonais.

Quatre centres d'art sont de l'aventure. Le Lieu a accueilli les performeurs, le centre VU de la photographie, la Chambre blanche et L'Îil de poisson, des installations. Malgré le nombre de propositions, le corpus des oeuvres est assez pauvre et on cherche en vain quelque chose à se mettre sous la dent.

Il y a certes le projet des ExGirls, à la Chambre Blanche, qui se démarque avec un jeu vidéo particulièrement cynique, dans lequel on nous invite à contrer la menace d'une grossesse en éliminant des spermatozoïdes à coup de fusil ou de rouleau à pâte. À VU, d'aucuns trouveront peut-être de l'intérêt à l'exposition de Barbara Maron qui s'inspire de théories anthropologiques réductrices pour comparer les faciès des stars d'aujourd'hui aux bustes des dieux antiques.

Enfin, c'est vraiment à L'Îil de poisson que le visiteur risque de se décourager. Là, on trouve de tout et, disons-le, beaucoup de n'importe quoi. Des photos rendant compte d'une performance de fausses cuisinières dans le nord du Québec. Deux films nous montrant des Polonais qui mangent ou discutent politique. Sur le mur du fond, l'ombre d'un couple s'embrassant à New York. Des peintures peu convaincantes. La possibilité d'écouter à l'entrée un enregistrement de jazz... À la décharge des organisateurs, on peut supposer que les performances que nous avons manquées au Lieu, lors du vernissage, présentaient davantage d'intérêt...

Interrogé sur le choix des oeuvres, le responsable du Lieu et pilote du projet, Richard Martel explique que les centres d'art participants n'ont pas eu leur mot à dire sur la sélection. Étant donné que le Bunkier Sztuki s'est désisté pour la seconde partie de l'échange, c'est plutôt Artur Tajber, le président d'un regroupement d'artistes polonais (L'Association Fort Sztuki) qui s'en est chargé.

Richard Martel trouvait en outre intéressant de mettre en relation Québec et Cracovie, deux «capitales culturelles» qui ont beaucoup en commun. Or, on ne le sent pas du tout en visitant les salles. Les textes qui accompagnent les oeuvres sont hermétiques et ne permettent pas de situer ces dernières par rapport à leur époque et leur pays, encore moins de les positionner par rapport à ce qui se fait ici. Ce qui nous laisse avec l'impression que le commissaire, s'il en est un, n'a pas fait son travail.

- Villes anciennes / Art nouveau. Krakov à Québec, jusqu'au 2 octobre; 580, Côte d'Abraham (VU, L'Îil de poisson) et 185, rue Christophe-Colomb Est (La Chambre blanche).

Collaboratrice du Devoir