Présences spectrales

La semaine dernière, nous avons dit combien la part spirite des choses dans l'actuel Mois de la photo était faible. La chose est vraie pour l'exposition du MAI et pour celle du Centre Amherst. Mais la présentation de Denis Farley à la Maison de la culture Côte-des-Neiges (Irradiations, jusqu'au 2 octobre) s'en sort, elle, admirablement.

Farley a repris les habits du personnage-étalon qu'il a créé. Le personnage (Farley lui-même) est habillé d'un bleu de travail à gros carreaux, rouges et blancs. En règle générale, l'artiste campe son personnage dans des paysages à la fois pour s'inscrire dans les images et aussi pour se donner comme unité de mesure des choses, une métaphore du regard du photographe comme mode d'appréhension du monde.

Ici, sauf exception, Farley est allé photographier dans les méandres du Diefenbunker, l'abri antinucléaire souterrain bâti par le gouvernement dans la région d'Ottawa, en contexte de guerre froide. En virant ses images au noir et blanc et en saturant le blanc de son costume, Farley a finement accentué la qualité de présence de son personnage, qui se promène dans cette architecture des plus saugrenues. Le Musée canadien de la guerre froide, un labyrinthe de quatre étages aujourd'hui vidé de sa vie d'autrefois, est comme hanté par le personnage à la matérialité instable. Comme pour ajouter à l'effet d'étrangeté, Farley a choisi de présenter ses images sur des rails, ce qui tend à les transformer en écran qui diffuserait ces vues intrigantes. Derrière une cimaise, comme pour évoquer les dédales du bunker, Farley a également ajouté une projection vidéo dont la luminosité est particulièrement insolite. Ici, la perspective d'un couloir glauque devient le théâtre de moult apparitions. Encore une fois, la manière de présenter l'image fait preuve d'une belle stratégie.