Centres d'artistes - Machines et créativité

Où s'en va l'art? On s'en reparlera à la fin de la saison... À défaut d'être devin, il est néanmoins possible de dégager quelques pistes en ce qui concerne la nouvelle saison des centres d'artistes qui se présente à nous. Sachez d'abord que les amateurs de machines aux mouvements les plus inattendus risquent d'être comblés au cours des prochains mois. Sachez également qu'à l'automne, les femmes se feront particulièrement présentes dans les temples blancs de la culture.

En septembre, en plus de participer au Mois de la photo, le centre Optica s'aligne sur la peinture en ce début de saison, avec les oeuvres récentes de Cynthia Girard. Girard est une des rares peintres à avoir bâti un corpus d'oeuvres basées sur l'imaginaire québécois. Avec sa nouvelle série, l'artiste, qui a eu son solo au Musée d'art contemporain de Montréal en début d'année, veut «fantasmer le Québec, rendre le territoire fécond en mixant descriptions régionales et désirs intimes», un programme en soi (du 15 septembre au 15 octobre).

Dare-dare, dont la spécialité est d'organiser des manifestations d'art public, s'arrête en octobre, puisque l'hiver, l'art public a la vie moins facile. Après que Thomas Grondin ait complété sa recherche du «soldat inconnu» dans la communauté jusqu'au 2 octobre 2005, Dare-Dare propose un Festival d'art multi, du 29 septembre au 2 octobre 2005. Une quinzaine d'artistes participeront à l'exercice, dans les parages du square Viger. On vous en reparle.

À Skol, la saison ne se déroule pas qu'à la galerie elle-même. Le site Internet de Skol diffusera jusqu'en juin prochain deux jeux vidéos de Martin Beauregard qui, tenez-vous bien, «traduisent une démarche qui essaie de développer une quantité de moyens pour arriver à peu de choses». Le tout se trouve à l'adresse suivante: www.skol.qc.ca/martin_beauregard.htm.

Clark réaffirme encore une fois que la peinture est une bonne chose, comme son équipe le proclame, en juxtaposant les pratiques de deux jeunes artistes, Daniel Langevin et Pierre-Yves Girard, une première exposition dans le cas de ce dernier (du 25 août au 8 octobre). On en profitera pour s'arrêter au lounge de la galerie pour admirer les oeuvres de la grande dame de la bédé qu'est Julie Doucet. Du 25 août 2005 au 22 avril 2006, Doucet arrivera avec une nouvelle mouture de son travail à chaque vernissages.

Du 10 septembre au 15 octobre, B-312 présente dans ses deux salles les oeuvres de Adad Hannah. Ce dernier filme l'immobile et recense les plus imperceptibles mouvements. Pour l'occasion, l'artiste s'inspire d'une photographie à partir de laquelle il crée six vidéos. En septembre, en plus de participer au Mois de la photo, La Centrale renforce sa présence sur la Main, durant la vente de trottoir du boulevard Saint-Laurent. Du 25 au 28 août, l'événement multi-disciplinaire s'intitule «Boom-Chix-a-Boom».

Dazibao lancera sa nouvelle publication Point & Shoot: Performance et photographie, le 21 septembre à la librairie Olivieri du Musée d'art contemporain de Montréal. Au printemps 2004, le centre présentait un projet en trois parties intitulé Performance et photographie: Point & Shoot. L'événement réunissait plusieurs artistes dans une exposition en deux temps à laquelle s'ajoutait une journée de performances. L'ouvrage en est le prolongement.

Oboro reçoit les oeuvres les plus récentes de Diane Landry (du 17 septembre au 15 octobre). L'artiste de Québec est actuellement en résidence dans les ateliers de l'endroit. Il s'agit d'une des expositions attendues de la nouvelle saison: Landry, règle générale, produit des machines à partir d'éléments banals, recyclés, dont les effets sont le plus souvent fantastiques.

Articule inaugure une nouvelle série thématique, à laquelle quatre artistes canadiens participeront au cours de l'année, soit Immersion/Immersive. Son thème a été élaboré à partir du projet de conservation avec Carolee Schneemann (voir notre texte sur le Mois de la photo) et fait référence à ses premières performances new-yorkaises (Meat Joy, 1965) traitant du corps, de la matière, du processus et particulièrement des relations d'engagement, soit-il sexuel, social ou politique. La série entend poser un regard sur les divers déploiements de l'immersion en art contemporain, tels la fusion de l'art et de la vie, de la vie et de la technologie, de la technologie et de la poésie. Deux expositions avec Luis Jacob (Toronto) et Demian Petryshyn (London, Ontario) seront présentées cet automne et deux autres avec Michelle Gay (Toronto) et Caroline Lathan-Stiefel (Montréal) en hiver 2006. Open Your Mouth and Your Mind Will Follow (du 5 novembre au 11 décembre), de Luis Jacob, emprunte comme structure métaphorique les parallèles entre la faim et la quête de compréhension sociale, entre l'alimentation du corps et celle de l'esprit.

En octobre, respectant son mandat de faire place à la jeune création, Skol offre à Matilda Aslizadeh, une jeune vidéaste vancouvéroise, l'occasion d'un premier solo en carrière (du 7 octobre au 5 novembre). À l'aide d'un récit qui se déroule dans une compagnie d'assurance, Aslizadeh détourne les conventions de la fiction. En septembre, Circa ouvre une saison toute au féminin. Un duo d'artistes qui, en 1999, avait participé en quatuor à La Centrale, avec l'exposition Machines ludiques. Paméla Landry et la jeune artiste Diane Morin proposeront sans doute de nouvelles sculptures cinétiques (du 10 septembre au 8 octobre).

Francine Desmeules (photographie) et Marie-France Brière (sculpture et son) occperont les deux salles de B-312. La première présentera des impressions numériques en couleur créées à partir de photographies de paysages prises d'une voiture en marche avec un temps d'obturation relativement lent, obtenant ainsi des «icônes du mouvement». Brière poursuivra son exploration des possibilités de donner corps à l'intangible.

À La Centrale, Glynis Humphrey (Halifax), propose une installation vidéo et son dans la vitrine de la galerie et dans ses murs, ainsi qu'un projet, Breathing Underwater, explorant le grotesque et la phobie et réalisé à partir d'images vidéo et des extraits sonores de l'artiste submergée sous l'eau (du 14 octobre au 13 novembre).

Arthur Munk est peintre, mais il se révélera peut-être sculpteur à Clark, alors qu'il annonce une production tridimensionnelle. Ce membre fondateur de Clark occupera les lieux du 20 octobre au 26 novembre. Au même moment, Tricia Middleton offrira une relecture du «jardin» de banlieue. Circa enchaîne avec Sarla Voyer, qu'on n'a pas vu depuis longtemps, et Chloé Lefebvre (du 15 octobre au 12 novembre). On apprendra que The Centre of the Forest is a Lake Like Mirror à Dazibao (du 13 octobre au 12 novembre), avec Chih-Chien Wang (Montréal/Taiwan).

Novembre, le mois des morts, prend une tournure inquiétante, à Dazibao, alors que Matthieu Brouillard présente Les Cadavres anticipés (du 17 novembre au 17 décembre). Paryse Martin et Francine Lalonde se risquent dans des expositions fort contrastées à Circa (du 19 novembre au 17 décembre). La première est connue pour sa sculpture aux accents baroques, la seconde pour ses dessins blancs, en bas-relief, sur le mur. Articule poursuit sa série Immersion avec Demian Petryshyn (du 5 novembre au 11 décembre). L'artiste abordera l'interaction immersive et sociale à travers une installation vidéo à trois canaux qui documente l'artiste et son frère jouant à des jeux vidéo pendant de longues périodes de temps (dix à vingt heures).

Impossible de ne pas avoir d'attentes à l'annonce de l'exposition de Patrick Bérubé, à Skol, intitulée Comble: surcharge ou décharge? (du 18 novembre au 17 décembre). Lors de la 6e édition de la Manifestation vidéo et art électronique, la pièce de Bérubé suggérait une sorte de traversée du désert dans un container, un désert de glace représenté par une épaisse couche de copeaux de styromousse. En galerie, les spectateurs feront face à un mur en construction, percé de cinq portes. Dans chacun des recoins de la construction, ils seront soumis à des stimulations ponctuelles ou à des petits moments de détresse.

Baie-Saint-Paul se transporte à Montréal, alors que l'exposition Aires de migrations que présentait le Centre d'art de Baie-Saint-Paul à l'été déménagera à Vox. Les oeuvres de Raymonde April et de Michèle Waquant se retrouveront à nouveau: la première photographie ses proches, des scènes de la vie de tous les jours; la seconde filme, photographie, peint et écrit. À deux, elles partagent un goût pour le paysage, la mémoire, le temps et le réel (du 3 novembre au 17 décembre).

Oboro poursuit sa saison toute «machinique», avec les oeuvres de Sabrina Raaf, une artiste de Chicago qu'amène à Montréal la commissaire Valérie Lamontagne (du 5 novembre au 10 décembre). L'artiste propose des machines et robots à l'esthétique réellement singulière. Entre son, art graphique et installation technologique, Raaf produit des machines qui, par leurs comportements, cherchent à interagir avec les visiteurs. L'artiste développe également une production photographique intéressante. Reste à voir ce que la commissaire retiendra.

À Optica, Jean-Pierre Aubé continue à étudier le phénomène des sons reliés aux fluctuations de la magnétosphère terrestre (du 4 novembre au 10 décembre). En galerie, l'artiste se propose de recréer son studio personnel et un système de sonorisation dirigé vers des objets domestiques. En bref, Aubé propose un «plaidoyer pour la diversité et le respect d'une écologie sonore.» Occurrence, du 26 novembre 2005 au 7 janvier 2006, reçoit par ailleurs Barbara Claus. En décembre, finalement, on surveillera le toujours aussi éclaté encan de la galerie Clark.