Symposium de Baie-Saint-Paul - Entrer dans l'univers des artistes

Chaque année, une fois qu'on arrive à Baie-Saint-Paul, après avoir goûté les paysages de l'endroit, l'approche de l'aréna où se tient le Symposium international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul soulève des inquiétudes. Mais la présente édition, intitulée simplement Peindre, a été rafraîchie. Au point où les appréhensions initiales n'ont justement plus de raison d'être.

Symposium international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul

Claudia Baltazar et Brigitte Archambault, Louis-Philippe Côté, Robbin Deyo, Marion Galut, Phil Irish, Patrick Lundeen, André Martin, Adrian Norvid, Kenji Sugiyama et Janet Werner

11, rue Forget, Baie-Saint-Paul

Jusqu'au 5 septembre

Les stands où travaillent les artistes ne sont plus disposés le long des bandes de la patinoire. Ils sont désormais répartis intelligemment dans l'espace, de sorte que la déambulation libre est favorisée et, du même coup, les temps d'arrêt.

Les années précédentes, le public avait tendance à faire d'un trait son petit tour, pour ensuite s'en retourner comme après un spectacle. La nouvelle configuration, en place depuis l'an dernier dit-on — je n'y étais pas allé —, a tout pour rendre la visite plus conviviale.

Le commissariat, assumé par le critique Gilles Daigneault, a ceci de réussi qu'il parvient, sur la base très large de son thème, à établir plusieurs liens entre les pratiques artistiques en place. Par exemple, Robbin Deyo et André Martin travaillent différemment la technique de l'encaustique: la première par des jeux de surface, le second comme matière à graver, donnant lieu à des dualités poétiques très engageantes, un travail qui oppose traumatisme (nazi, entre autres) et guérison. Aussi, Patrick Lundeen et Adrian Norvid, en plus d'offrir des imageries délirantes, emplissent leur surface de travail selon les modalités distinctes d'un même pointillisme: le premier selon une approche presque psychédélique, le second rappelant la gravure. Ainsi se présente une première poignée pour entrer dans les oeuvres, à savoir la technique, poignée à laquelle plusieurs pourront s'agripper.

Plusieurs des artistes installés sur place ont choisi d'apporter des projets commencés avant l'ouverture du symposium. Son immense dessin baroque qui doit bien faire près de quinze pieds de haut, Adrian Norvid l'a commencé il y a six mois. Il ne lui reste qu'à remplir certaines des zones de ce dessin d'un camion imaginaire et complètement déglingué d'un groupe rock. Lundeen, de la même manière, était, lors de notre passage, en train de compléter sa Rolls-Royce de l'enfer.

De son côté, Deyo entend réaliser un ou deux exemplaires de sa série des Skyscape, qui donne à voir de vastes masses nuageuses réalisées au hasard des dépôts de pigment bleu dans la cire. Il en va d'un processus de composition qui peut sembler plus simple qu'il ne l'est en réalité.

Dimension participative

Par ailleurs, ce 23e symposium présente une forte dimension participative. Particulièrement bien placé à l'entrée de la patinoire, l'espace de Claudia Baltazar et de Brigitte Archambault introduit une modalité rare au symposium, peut-être même inédite. De mémoire, jamais le symposium n'a accueilli de pratiques à deux têtes et à quatre mains. Ce duo est particulièrement bien incarné par la disposition de l'atelier. La table de travail est scindée en deux par une paroi, qui fait ainsi songer à un miroir séparant deux tables de maquillage, comme dans une loge d'artiste. Ainsi entre-t-on au symposium par les coulisses de ce travail, fait d'accumulation d'objets populaires tirés des trésors du coin.

Phil Irish a quant à lui tenu à y revenir pour réaliser une idée qu'il n'a pas eu le temps de développer il y a sept ans, lors de son premier passage au symposium. Il tient pour ainsi dire boutique, où il reçoit les visiteurs à son Salon du cartographe. Irish demande à des gens de s'y asseoir, puis de dessiner et de décrire des lieux qui ont pour eux une signification particulière. Il revisite et intègre ensuite ce matériel à même ses tableaux de nature réaliste, réalisés dans son studio adjacent. Ici, imaginaire et réalité s'imbriquent.

Cette dimension participative est finalement matérialisée par le projet de l'artiste française Marion Galut qui, à l'intérieur de son travail sur la complémentarité entre les sens de la vue et de l'ouïe, prend des portraits, à l'ancienne sur une chaise, des gens qu'elle arrête. Une fois les images prises, l'artiste les insère dans une composition de son cru, un traitement numérique. Par ailleurs, elle entend mettre sur pied un programme de drôles de rencontres silencieuses, devant public, où elle entend entrer par le seul regard en contact avec les gens qui accepteront de s'asseoir avec elle sur un petit podium.

Par ailleurs, le symposium intègre également des travaux dits de «peinture-peinture», ceux de Janet Werner, fascinante à l'oeuvre, et de Louis-Philippe Côté, dont il faudra toutefois attendre encore pour voir si son projet éclaté pourra tenir la route. Finalement, l'artiste japonais Kenji Sugiyama travaille à une idée qu'il a eue l'an dernier de l'autre côté du fleuve, lors d'une résidence au Centre Est-Nord-Est à Saint-Jean-Port-Joli. Il s'agit de réaliser un musée miniature de ses propres oeuvres. Ainsi, dans des boîtes de pâtes alimentaires vides, il réalise les allées de ce musée, avec force détails. Comme avec Marion Galut, il est impossible de ne pas entrer dans l'espace de travail de l'artiste, pour jeter un oeil curieux dans ce corridor miniature. Ne pas pouvoir résister à entrer dans l'espace d'un artiste, voilà une autre réussite de ce symposium.