Le coeur à marée basse - La mer des îles de la Madeleine comme dernier terrain vague

Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues... Si Brel avait été Madelinot, il aurait pu écrire cette phrase. Jusqu'en septembre prochain, le Musée de la Mer d'Havre-Aubert, aux îles de la Madeleine, présente une exposition qui accompagne une mélodie visuelle: Le Coeur à marée basse, et qui se déplacera par la suite du côté du Musée de la Malbaie et poursuivra ailleurs au Québec.

Je vous parle d'un temps où les enfants couraient dans les champs par dizaines.

«Dans ces champs poussait un foin que l'on coupait pour en faire des meules.

«Dans ces meules se cachait un univers enivrant de foins d'odeur et qui n'appartenait qu'à nous.

«Je vous raconte des marées si basses qu'elles semblaient irréelles.

«Les platiers sont d'immenses terres remplies de coques et les cueillir est un jeu d'enfant.

«Grand-mère est douce, elle a fait des galettes blanches.

«En mai dernier, nous avons fêté le mois de Marie, la procession qui partait de l'école du Cap, descendait la Butte d'école pour se rendre dans les bois brûlés.

«Les grands fument partout, même à l'intérieur de l'hôpital.

«Dans les voitures, on boit de la bière en conduisant sans ceinture de sécurité.

«Nous patinons sans casque protecteur et n'en portons pas non plus sur les ski-doo... »

C'est ainsi que ces mots viennent se poser en guise de présentation de l'exposition qui se tient au Musée de la Mer à Havre-Aubert, intitulée Le Coeur à marée basse, fruit du travail du peintre Louis Boudreault. L'exposition de dessins au fusain situe des tranches de vie, des tranches de mer, des tranches de pêche, des tranches d'été et d'hiver, des tranches d'attentes, avec les personnages de l'enfance du peintre.

Des arrêts sur images de Louis Boudreault, qui est né et a vécu aux Îles jusqu'à l'adolescence. Ensuite, parcours à Montréal et sinuosités artistiques à Paris. Voyageant à l'extrême, de l'Asie à Venise en passant par les Amériques, il dirigera une galerie de peinture à Paris. De retour au Québec, il crée la galerie Les Modernes, rue Crescent à Montréal.

Depuis quelques années, sa recherche artistique prend la forme d'études réalisées au fusain, à la sanguine et à la gouache, et qui sont parachevées par des envois, des caissons en bois formés de plusieurs compartiments renfermant du sable, des épices, des couleurs, des poudres, des morceaux de bois, avec cachets de la poste des partances en faisant foi.

Pour cette exposition, les envois sont formés de filets de couleur, de plumes d'oie et de laine de mouton ainsi que de sels divers.

Les dessins sont les souvenirs d'un enfant (lui-même) cadrés dans les années soixante.

Les oies, l'attente d'une barque en bord de mer, des enfants qui poussent un voilier à marée basse, la religieuse, la jeune fille madelinienne appelée Belle des Prés, les petites pêches (coques, bigorneaux, palourdes, moules), les réparateurs de filets, la grand-mère Bouchard, le violoneux... Il y a des oies et des vaches, des herbes folichonnes qui s'agitent au vent.

Il y a l'attente du bateau penché dans le sable.

On y trouve un enfant au mouton, ce dernier fournissant la laine qui servira aux enfants de novembre pour qu'ils n'aient plus jamais froid.

On peut s'équiper de lampes de poche pour fixer un visage, une attitude, car l'exposition se visite dans le clair-obscur.

Le tout est accompagné par un fond sonore marin, où les goélands et le chant des loups marins n'est pas très loin. Sur le sol, des vagues issues de différentes marées accompagnent la visite. Des cages à homards veillent au grain.

Tous ces moments sont cadrés avec le souci de la simplicité, d'un moment d'hier qui existe toujours. Quand on se promène aujourd'hui aux Îles, les oies, les enfants, le mouton, l'aïeule, le bateau, l'attente, le vent et les coques sont au rendez-vous.

Ce qui a changé, c'est la forme du seau, la taille des bateaux et quelques motorisés qui s'énervent dans une crique ou sur des dunes qui ne sont plus aujourd'hui des terrains vagues. C'est pour ces réalités d'hier qu'il faut s'arrêter un moment devant les souvenirs du styliste des simplicités insulaires, Louis Boudreault.

- Jusqu'au 6 septembre au Musée de la Mer (www.ilesdelamadeleine.com/musee). Ailleurs au Québec par la suite.

Collaborateur du Devoir