La Joute au Stade olympique - Le Riopelle doit déménager pour assurer sa préservation

La raison du déplacement prochain de la sculpture La Joute, de Riopelle, du Parc olympique au Quartier international des affaires de Montréal est tout simplement la préservation de l'oeuvre et le respect de la volonté artistique du créateur. Pour Marcel Brisebois, directeur du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM), propriétaire de la sculpture, il n'est pas question de voler aux pauvres pour donner aux riches, comme le soutient un groupe d'artistes et d'intellectuels du quartier Hochelaga-Maisonneuve opposés à la relocalisation de l'oeuvre.

Les intentions du musée sont de faire en sorte que la sculpture de Riopelle soit conservée. "J'ai constaté que la Régie des installations olympiques, malheureusement il faut bien que je le dise, ne remplissait pas ses obligations", explique M. Brisebois. C'était la responsabilité de la RIO de veiller au bon état de la sculpture.

Le projet de Riopelle

"La situation s'est aggravée au moment où on a signalé la disparition d'un élément de la sculpture, retrouvé par la suite, si je me souviens bien, par des éboueurs." Jamais il n'a été question que l'oeuvre soit installée de façon permanente au Parc olympique. Un procès-verbal du comité d'acquisition du MACM, daté du 21 avril 1976, parle du dépôt de l'oeuvre sur le site de la RIO, sans échéance ou promesse de permanence.

Le second problème que soulève cette relocalisation concerne le fonctionnement de l'oeuvre. Un bestiaire, la sculpture prévoyait également le recours à des jets d'eau et à un cercle de feu. "Il faut répondre au projet de l'artiste. Le MACM n'a pas les moyens de le faire. Or, sont apparues des personnes qui nous ont dit qu'elles avaient les moyens de restaurer l'oeuvre et de la compléter. De plus, les gens qui sont responsables des droits d'auteur de Riopelle m'ont dit qu'il avait donné son consentement."

L'enjeu, selon M. Brisebois, n'est pas la localisation de l'oeuvre, mais bel et bien son état et son fonctionnement. "C'est une oeuvre qui doit fonctionner, explique M. Brisebois. Ce n'est pas comme une sculpture passive. Les gens qui nous ont approchés nous disent qu'ils vont la mettre en état, que ça plairait à Riopelle et que ça correspond à ses souhaits. C'est dans cette perspective que j'ai consenti au déplacement. Ce n'est pas une question d'enlever aux pauvres pour donner aux riches. Si le débat était de cette nature, je trancherais rapidement. Je donnerais aux pauvres."Aujourd'hui directeur général de l'Orchestre métropolitain, Yves Lefebvre a été vice-président au marketing de la RIO de 1991 à 1997. Grand admirateur de l'oeuvre, il a été un de ses défenseurs. M. Lefebvre déplore le mauvais état de la sculpture, qu'il attribue à de la négligence: "Entre la question du toit et les poutres qui s'effondraient, la RIO avait d'autres priorités." M. Lefebvre souligne que l'oeuvre n'est pas accessible, ni visible. "C'est le secret le mieux gardé en ville. J'avais un projet pour la rendre accessible et la faire connaître au plus grand nombre. Nous avions obtenu l'accord de M. Riopelle à ce sujet." Mais il n'a jamais été question de la déménager à ce moment et M. Lefebvre n'a pas suivi le dossier par la suite. Bien qu'il se dise sensible aux arguments des citoyens qui veulent conserver la sculpture, M. Lefebvre assure que "si la pièce est complétée, [il va] être le premier à applaudir".

Clément Demers, directeur général associé au Centre de commerce mondial de Montréal, qui a discuté avec M. Brisebois de ce dossier, précise que l'aménagement qui prévoit de mettre l'oeuvre en valeur n'est pas encore totalement déterminé, mais que le gros du projet a été présenté hier à Yseult Riopelle, la fille de l'artiste. Entre autres, "sur le plan technique, des études restent à faire. Mettre en contraste l'eau et le feu n'est pas une mince affaire".

La volonté de Riopelle

M. Demers soutient que c'était la volonté de l'artiste de faire déplacer l'oeuvre. "Ce n'était pas une oeuvre qui était conçue spécifiquement pour le Parc olympique", rappelle-t-il. Au sujet de la pétition qui a circulé, "on peut comprendre que les gens, peu informés, puissent signer légitimement une pétition. Mais il faut savoir que nous n'allons pas à l'encontre de la volonté de l'artiste, au contraire". Le nouveau site, Place du Palais, est situé à l'ouest de la rue De Bleury, au-dessus d'une autoroute Ville-Marie recouverte et d'un ancien stationnement de surface. Les travaux d'aménagement auront lieu à partir de cet été, jusqu'à l'été 2003.

Jointe en fin d'après-midi hier, Yseult Riopelle a jugé "extraordinaire" la manière de présenter l'oeuvre dans le nouveau projet: "Ce qui m'a beaucoup rassurée, c'est que tout a été prévu pour l'avenir", assure celle qui qualifie de "honteux" le traitement réservé à l'oeuvre. "C'est triste pour le quartier Hochelaga-Maisonneuve, mais c'est une très bonne chose pour l'oeuvre." Mme Riopelle indique que son père aurait peut-être préféré un endroit plus discret que le nouveau site mais que ce qu'elle a vu sur maquette l'a "réconfortée".

Par ailleurs, Gaz Métropolitain évalue la possiblité d'une commandite pour ce projet. Stéphanie Trudeau, conseillère en communications chez Gaz Métropolitain, a précisé que le chiffre de un million avancé hier représentait l'ordre de grandeur de la totalité de la contribution de la compagnie dans le Quartier international des affaires de Montréal. Pour l'oeuvre de Riopelle, la somme avancée pour la restauration et l'alimentation en gaz de la pièce avoisinerait plutôt 100 000 $. Rien n'est concrétisé cependant.