La sculpture La Joute au Stade olympique - Hochelaga-Maisonneuve veut garder son Riopelle

Un groupe de citoyens du quartier Hochelaga-Maisonneuve, appuyé par des artistes et des intellectuels de renom, s'oppose au déménagement de la grande sculpture La Joute, de Jean-Paul Riopelle, dans le Quartier international des affaires de Montréal.

L'oeuvre de bronze est installée depuis plus de 25 ans sur le site du Stade olympique. Elle devrait être restaurée et déménagée au centre-ville, près du Palais des congrès, au cours des prochains mois, sinon de la prochaine année.

Le Comité SOS La Joute a fait circuler une pétition constituée au cours des derniers jours. Elle compte maintenant quelque 200 noms et a été déposée hier auprès de la ministre de la Culture du Québec, en même temps qu'une lettre de protestation.

Plusieurs signatures prestigieuses donnent du poids à la démarche, notamment celles de Madeleine Arbour, Françoise Sullivan et Pierre Gauvreau, trois cosignataires du manifeste Refus global, avec Riopelle lui-même. Le poète-chansonnier Gilles Vigneault, ami et collaborateur de Riopelle, l'historien de l'art réputé François-Marc Gagnon, directeur de l'Institut d'études en art canadien de l'université Concordia et grand spécialiste du mouvement automatiste, de même que le peintre Guidio Molinari, qui a ses ateliers dans l'est de la ville, ont également signé la pétition.

"Nous disons qu'il faut mettre en valeur cette oeuvre là où elle se trouve", explique le journaliste Jacques Keable, résidant du quartier et membre fondateur du Comité SOS La Joute. "Nous disons aussi qu'il est odieux qu'un quartier riche du centre-ville de Montréal vienne s'approvisionner dans Hochelaga-Maisonneuve. Et puis, nous disons que le Quartier des affaires n'a qu'à se payer une oeuvre s'il en veut vraiment une."La sculpture appartient au Musée d'art contemporain de Montréal. La sculpture-fontaine monumentale a été créée par étapes, au début des années 1970, et offerte par un groupe de radiologistes au Musée d'art contemporain. Le musée l'a ensuite confiée à la Régie des installations olympiques.

L'oeuvre n'a pas été entretenue et elle s'est considérablement détériorée. Les jeux d'eau ont disparu. Le projet de Riopelle d'y mêler des flammes n'a jamais été réalisé.

"L'idée de déménager la sculpture près du Palais des congrès est examinée depuis longtemps, mais nous n'avons aucune annonce officielle à formuler", explique Clément Demers, du Quartier international des affaires. Il précise toutefois que cet éventuel transfert permettrait de "restaurer l'oeuvre" et de la "mettre en valeur".

Le musée, une société d'État du Québec, aurait reçu une promesse de don de un million de dollars de Gaz Métropolitain pour compléter et redéployer La Joute. La Caisse de dépôt et placement du Québec serait également mêlée au financement du projet de redéploiement.

"Il nous semble [...] quelque peu malpoli, et même outrageant que tous ces gestionnaires du bien public décident en catimini d'enrichir un lieu d'affaires cossu et même les acquis d'un quartier populaire", écrivent les protestataires dans leur lettre envoyée hier à la ministre Diane Lemieux.

À ses bureaux, on répliquait hier en fin d'après-midi que le ministère de la Culture approuve le transfert de l'oeuvre. "Des discussions ont été menées avec Jean-Paul Riopelle avant sa mort et il a approuvé le déplacement de son oeuvre, dit Marjolaine Perreault, porte-parole de Mme Lemieux. C'était sa volonté de la voir déplacée et remise en valeur."

Rappelons que le 18 avril est la Journée mondiale du patrimoine (monuments et sites) et que le thème des commémorations de cette année concerne précisément le patrimoine du XXe siècle. Rappelons aussi que l'artiste Jean-Paul Riopelle est décédé le mois dernier.