Art actuel - Cynismes à la Manif d'art

La troisième Manif d'art de Québec, dont on dévoilait hier l'ambitieuse programmation, promet d'être au moins aussi passionnante que celle d'il y a deux ans. Avec un thème qui appelle toutes les audaces et une alléchante sélection d'artistes, on pourra difficilement passer à côté.

Lors de sa deuxième mouture, la Manif d'art s'était attaquée au thème du bonheur. Les mensonges liés à ce concept étant dévoilés, voilà qu'elle s'en prend à sa suite logique: le cynisme. Lors de la conférence de presse tenue hier, on a plus d'une fois évoqué le père de cette école de pensée très ancienne, Diogène (vers 410 av. J.-C. - 323 av. J.-C.). Découragé en son temps par la médiocrité de ses contemporains, Diogène avait décidé d'aller vivre auprès des chiens. Habillé d'un manteau de fourrure, il parcourait les rues muni d'une lanterne en criant: «Je cherche un homme!»

Comme le faisait remarquer le commissaire de la Manif d'art, Patrice Loubier, près de 2500 ans plus tard, l'esprit provocateur de Diogène renaît dans l'oeuvre de bien des créateurs qui cultivent la dissidence et l'insolence tout en misant sur l'économie de moyens.

On a toutefois mis le paquet pour nous les faire découvrir, ces insolents! Soucieux de travailler avec le milieu, le directeur Claude Bélanger s'est allié à presque tout ce que la ville de Québec compte d'organismes culturels (bibliothèques, musées, salles de spectacles). Et on nous donne tout le temps nécessaire pour en profiter en prolongeant de deux semaines la durée de la biennale, qui s'étire désormais du 1er mai au 12 juin. C'est donc à plus d'un titre qu'on peut parler d'un incontournable.

Cette année encore, on propose une exposition centrale ainsi qu'une exposition consacrée à la relève, cette fois situées dans un immeuble jouxtant le Mail Saint-Roch. Au moins 50 artistes ont été retenus. Du Québec, on remarque la présence de BGL, Dominique Blain, Michel de Broin, Patrice Duchesne, Chris Lloyd ou encore Rafael Sottolichio. S'ajoutent une bonne quinzaine d'artistes étrangers, dont le Français Ben Vautier, qui débarque dès le 22 avril pour offrir une classe en animation urbaine. Signalons également la présence de Mathieu Laurette (France), Mark Lombardi (États-Unis), Norton Maza (Chili) et Nick Waplington (Angleterre).

Fidèle à l'enracinement du milieu des arts visuels de Québec dans la Basse-Ville, la Manif d'art y tiendra la plupart des activités. Ainsi, tout au long de l'événement, la Galerie Rouje se transforme en Café Diogène, qui recevra notamment, les 21 et 22 mai, un colloque intitulé «Art, cynisme et démocratie», préparé par le cocommissaire de la Manif d'art, André-Louis Paré, un professeur de philosophie également spécialisé en art contemporain.
- Du 1er mai au 12 juin, façades de la Gare, 400, boulevard Jean-Lesage, à Québec... et un peu partout. www.manifdart.org.