Beaux-arts - À la recherche de la collection Stern

De nouvelles oeuvres volées par les nazis en Europe pourraient retrouver leurs propriétaires dans les prochaines années. L'université Concordia a annoncé hier qu'elle s'engageait à rechercher les oeuvres d'art qui avaient été confisquées au Montréalais Max Stern, un des plus importants marchands d'art de l'histoire canadienne, décédé en 1987. La nouvelle survient après qu'une oeuvre eut été réclamée la semaine dernière aux Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) par l'héritière d'un amateur d'art néerlandais.

Depuis que l'université Concordia a commencé son travail de détective, il y a cinq ans, 250 oeuvres ont été recensées. Au nom des exécuteurs testamentaires et des trois universités légataires de la succession Max Stern (Concordia, McGill et la Hebrew University à Jérusalem), l'université Concordia entend rechercher ces oeuvres confisquées par les nazis ou celles que Stern a été forcé de vendre dans les années 1930. À cette période, le jeune Stern a été forcé à l'exil par le nazisme.

L'annonce a été faite samedi dernier au Musée d'art de Norton, l'un des dépositaires de cet héritage, à West Palm Beach. Ce musée avait eu l'intention d'intégrer le fonds Stern à l'intérieur de son département de recherche de collections, ce qui «accroît considérablement la portée de nos propres investigations», a déclaré par voie de communiqué le recteur et vice-chancelier de l'université Concordia, le Dr Frederick Lowy.

Il reste maintenant à récupérer les tableaux, ce qui pourra être fait du moment que les oeuvres seront retrouvées. Selon le directeur des projets spéciaux auprès du recteur de l'université Concordia, Clarence Hepstein, joint hier en Floride, «jusqu'à maintenant, cinq ou six oeuvres ont été repérées aux États-Unis, en Angleterre, en Hollande et en Allemagne». On a retrouvé un tableau de Bruegel, un autre de Bosch et un Franz Xaver Winterhalter, un romantique allemand. Dès cette semaine, les responsables de l'université Concordia entameront des discussions avec les actuels propriétaires de ces oeuvres.

Dans ses recherches, Concordia a été appuyée par l'Art Loss Register de Londres, la Commission pour l'art pillé en Europe (Commission for Looted Art in Europe) et le Holocaust Claims Processing Office de l'État de New York. Soucieux de se voir restituer ses biens, Max Stern lui-même avait amorcé les recherches après la Seconde Guerre mondiale.

Les exécuteurs testamentaires espèrent qu'ils n'auront pas à passer par les cours de justice pour réclamer ce qui leur est dû. Ils pensent pouvoir miser sur la morale pour convaincre les récalcitrants. Ils entendent prêter ces toiles à des musées et des galeries sélectionnées. Les premières bénéficiaires de la collection de Stern ont été des institutions éducatives et artistiques situées en Amérique du Nord et en Israël. Les exécuteurs testamentaires entendent poursuivre cette voie.

Dispute sur une oeuvre du MBAM

De son côté, le MBAM pourrait devoir rendre un tableau dérobé par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Marei Von Saher, l'héritière d'un amateur d'art néerlandais, tente de reconstituer la collection de son beau-père décédé, Jacques Goudstikker.

La Déification d'Énée, autrefois attribué à Nicolas Poussin sous le titre Vénus et Énée, est aujourd'hui considéré comme l'oeuvre de Charles Le Brun. L'oeuvre du XVIIe siècle a été achetée en 1953 par le MBAM. «Nous avons des papiers qui confirment que cette oeuvre a été retournée au gouvernement par les forces alliées. Quand le gouvernement hollandais a voulu remettre les oeuvres à Mme Goudstikker, elle y a renoncé. Maintenant, il semble qu'il y ait une dispute à ce sujet», a expliqué la directrice des communications du MBAM, Wanda Palma.

Le MBAM a reçu les réclamations des avocats de l'héritière en 2003 et a entrepris des démarches pour tenter d'obtenir des détails quant à l'entente avec la veuve du marchand d'art. Ce dernier avait une collection estimée à 1300 pièces, dont 235 seulement ont été retournées par les Alliés, dont La Déification d'Énée. Le MBAM entend remettre le tableau, s'il n'est pas prouvé que sa place dans la collection montréalaise est légitime.