De la salle d’expo aux pages de livres

Raymonde April, Pique-nique, Île d’Orléans, 1978 de l'ensemble Les amitiés nouvelles, 2022
Photo: Raymonde April Raymonde April, Pique-nique, Île d’Orléans, 1978 de l'ensemble Les amitiés nouvelles, 2022

Les expositions passent, mais les livres restent. Voici cinq catalogues d’exposition parmi les meilleurs de l’année. La liste de Jérôme Delgado.

Evergon. Théâtres de l’intime

Photo: MNBAQ, Julie Bouffard

Musée national des beaux-arts du Québec, 236 pages, 59,95 $. En vente en ligne et à la librairie-boutique du musée.

Sous la couverture violette de type reliure caisse, le contenu ne se révèle qu’aux yeux attentionnés, à l’instar du nom de l’artiste, à peine lisible. Relais de la rétrospective en cours jusqu’en avril, le livre couvre cinquante ans à photographier et à théâtraliser une vie « non hétéro-normative ». Queer, militant, inventif, Evergon a ouvert la voie, contesté la modernité ou offert, comme l’écrit Mark Clintberg, « de rares bouffées d’air frais ». Les six textes, entre lesquels sont intercalés les thèmes de l’expo, saluent un « travail de queerisation de l’image et de l’histoire » (Anne-Marie Dubois).

General Idea

Photo: Musée des beaux-arts du Canada

Musée des beaux-arts du Canada, 756 pages, 100 $. En vente en ligne et à la librairie-boutique du musée.

Jouant sur la taille des caractères et des paragraphes, la préface, signée AA Bronson, seul survivant de General Idea, reflète bien ce qu’a fait ce groupe pionnier de l’art conceptuel au Canada et célèbre pour son oeuvre axée sur les médias et la société. C’est une préface en remerciements, sarcastique et sincère, qui dit beaucoup sur la nature englobante de General Idea. Les pages qui suivent incluent une entrevue avec Bronson, 500 illustrations et, entre autres, un essai sur le VIH et la contamination en art (la question des droits d’auteur). Publication en éditions distinctes anglais-français.

Des [ré]animations

Photo: Manon Labrecque

De Manon Labrecque. Salle Alfred-Pellan, à la Maison des arts de Laval, non paginé, 10 $. En vente en librairie et à la salle Alfred-Pellan.

C’est le livre un peu à part. Par son prix modique, mais aussi par sa nature éclatée. De petite dimension, et à lire à la verticale, il n’en est pas moins riche et unique. Il faut dire que l’exposition, qui rassemblait des installations cinétiques récentes, n’était pas une rétrospective. La publication se veut un ajout créatif en teintes rouges, en dessins, en photos et, surtout, en mots. « Je ne suis pas une personne de mots », avise pourtant d’emblée l’artiste, interviewée ici par Nicole Gingras.

Marie-France Brière

Plein sud édition, 288 pages, 60 $. En vente en ligne et en librairie.

Non lié à une exposition, mais… à plusieurs, le livre survole une dizaine de sculptures d’art public. Or, Marie-France Brière n’a pas fait que ça. La monographie fait oeuvre utile et revient en images et en textes sur ses expositions depuis 1988. Dans « Par-delà la dé-cohérence matérielle », Sylvie Parent théorise sur un travail de la matière, des matières (marbre, granit, céramique, brique, verre, acier…), alors que Pamela Bianchi réfléchit sur « un espace transitionnel » qui s’exprime entre formes, matières, états, « entre présence et absence, entre contenant et contenu ».

Raymonde April. Traversée

Le 1700 La Poste, 180 pages, 80 $. En vente au 1700 La Poste.

À l’instar de certains musées (pas tous), Le 1700 La Poste a pris l’habitude d’accompagner ses expositions de publications. Celle consacrée à Raymonde April est non seulement parmi les plus pertinentes, elle est parmi les plus fascinantes aussi. Déjà, la séquence des images permet de revivre l’exposition de l’automne, et le texte signé Charles Guilbert est un petit bijou. Audacieux, l’auteur (et ami de longue date de la photographe) s’est mis dans la peau d’April et propose, à la manière de son oeuvre, d’entremêler vie réelle et « forcément imaginaire, multiple et inachevée ».

À voir en vidéo