«Le monde en tête»: l’art de porter le chapeau

Vue de l'exposition «Le Monde en tête, la collection Antoine de Galbert», au musée Pointe-à-Callière.
Photo: Patrick Desrocher, © Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal Vue de l'exposition «Le Monde en tête, la collection Antoine de Galbert», au musée Pointe-à-Callière.

Elles servent à protéger de la pluie, ou de la neige. Elles servent à marquer les occasions spéciales, à attirer ou à faire fuir les esprits. Elles servent à exprimer le pouvoir. La collection de coiffes du Français Antoine de Galbert, présentée par le Musée Pointe-à-Callière, est tout simplement fascinante.

Comptant 300 coiffes, toutes différentes, de 200 peuples vivant dans 50 pays, l’expo Le monde en tête. La collection Antoine de Galbert pose un regard ethnologique sur l’usage du chapeau, en excluant les couvre-chefs du monde occidental.

Spécialiste de l’art contemporain, Antoine de Galbert admet, dans une entrevue enregistrée, avoir cherché, en s’intéressant aux coiffes, à explorer un univers moins marqué par la valeur marchande que celui de son champ de spécialité.

Certaines des coiffes qu’il a acquises lui ont demandé d’importants investissements, d’autres ne lui ont coûté que quelques sous. Ce sont les formes, les couleurs, les textures et la beauté qui l’ont intéressé au premier chef.

Et ces formes, elles sont extrêmement variables, de la perok, gigantesque coiffe nuptiale de la mariée du Ladakh, tellement chargée de turquoises que la mariée a parfois besoin de deux personnes pour l’aider à la porter, au petit casque de chasseur philippin qui peut se transformer en bol quand le besoin se fait sentir.

Surtout achetées en France

 

Même si elles témoignent de cultures dispersées aux quatre coins du monde, la majorité de ces oeuvres ont en fait été achetées en France, explique encore Antoine de Galbert, qui avait au départ exposé sa collection à La maison rouge, son lieu d’exposition parisien. En 2017, Antoine de Galbert a cédé l’ensemble de sa collection au Musée des confluences de Lyon. C’est de cette collection qu’est issue l’exposition Le monde en tête, du Musée Pointe-à-Callière.

« Coiffe, chapeau, tiare, couronne, calotte, bandeau, on ratisse vraiment très large, dit Christine Dufresne, directrice Expositions et Technologies et multimédias au Musée Pointe-à-Callière. Elles sont toutes différentes, mais toutes porteuses de messages. »

Photo: Patrick Desrocher, © Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

La collection est présentée à travers une douzaine de thèmes différents, par usages et par fonctions. « On a essayé de faire des liens avec les gens qui les ont portées. Ce sont des coiffes traditionnelles qui sont encore beaucoup en usage aujourd’hui », poursuit Christine Dufresne. Leurs usages sont évidemment extrêmement variés. On observe autant des chapeaux utilisés pour se protéger de la pluie que des coiffes dont des chamans se servent pour communiquer avec les esprits, ou encore des couvre-chefs associés à certains rites, comme ce « casque de circoncis », de la République centrafricaine, dont se paraient les garçons dakpas lors d’un rituel de passage à l’âge adulte.

Le parcours se clôt sur une série de coiffes chinoises confectionnées pour les enfants, qui représentent notamment divers animaux et qui visent à protéger les jeunes esprits des forces maléfiques.

Têtes de chefs

 

On l’a dit, toutes les coiffes présentées dans l’exposition sont différentes. Et ceci est particulièrement intéressant lorsqu’on arrive à la section destinée à la tête des chefs. Devant un étalage de couronnes toutes plus originales les unes que les autres, dont l’une sur laquelle est juché un animal perlé, on apprend que chacune de ces coiffes a été dessinée pour convenir à un chef donné, et pour désigner ses qualités spécifiques, tout en évoquant des puissances surnaturelles. « Les coiffes ne se passent pas d’un chef à un autre », dit Brigitte Lacroix, chargée de projet pour l’exposition.

Plusieurs de ces coiffes, bien que traditionnelles, sont encore en usage aujourd’hui. L’équipe de Pointe-à-Callière aime préciser que plusieurs sont encore portées dans différentes communautés culturelles de la ville de Montréal. Elle invite d’ailleurs les visiteurs à témoigner par écrit de leur expérience des chapeaux. Ainsi une femme raconte qu’elle s’ennuie des très gros chapeaux qu’on portait dans la campagne chinoise, dans sa jeunesse, pour travailler dans les champs. Ils protégeaient de la pluie, raconte-t-elle, mieux qu’un parapluie, qui ne laisse pas les deux mains libres. « Si je pouvais porter ce type de chapeau sans avoir tous les yeux sur moi, raconte-t-elle, j’en porterais un sans hésitation ! »

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