Louise Robert, au bout des mots

La peintre Louise Robert et sa conjointe, l’historienne de l’art Lise Lamarche (à gauche) en septembre 2022
Photo: Simon Blais La peintre Louise Robert et sa conjointe, l’historienne de l’art Lise Lamarche (à gauche) en septembre 2022

La peintre Louise Robert est décédée dans la nuit de dimanche à lundi à l’hôpital du Sacré-Coeur. Elle allait avoir 81 ans le 13 décembre prochain.

Peintre autodidacte — diplômée en pharmacie de l’Université de Montréal —, elle a eu, depuis sa première grande expo, intitulée écritures et présentée à la galerie Curzi à l’automne 1975, un parcours artistique remarquable. Elle enchaîna les solos dans plusieurs lieux réputés : galerie Jolliet à Québec puis à Montréal, galerie Yajima, Centre culturel canadien à Paris et à Bruxelles, galerie Graff, galerie Christopher Cutts à Toronto, galerie Christiane Chassay… Son oeuvre fut autant discutée par des critiques tels que René Payant que par l’historienne de l’art France Gascon, la poète Denise Desautels, l’écrivaine Anne-Marie Alonzo, la sociologue Anne Cauquelin. Et ses créations font autant partie de collections publiques comme celles du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée d’art contemporain de Montréal, du Musée des beaux-arts de Montréal et du Musée d’art de Joliette que de collections privées comme celle du Cirque du Soleil ou celle de la Banque Nationale du Canada…

Le milieu de l’art se souviendra en particulier de sa rétrospective intitulée Louise Robert. Au bout des mots, qui s’est tenue au Musée d’art de Joliette et au Centre d’exposition de Baie-Saint-Paul en 2003-2004, un événement dont le commissaire était l’historien et critique d’art Gilles Daigneault.

Dans le catalogue d’exposition, monsieur Daigneault expliquait comment Louise Robert « est considérée comme une coloriste “intense, violente, riche” qui affirme et installe la couleur », mais comment elle eut aussi une période grise, « un moment de grâce » à la fin des années 1970 et au début des années 1980, qui succéda à une première période noire.

En dialogue avec l’art des haïkus

À la suite de l’annonce de la mort de Mme Robert, les témoignages d’estime se sont multipliés.

Son galeriste, Simon Blais, souligne comment son « histoire d’amour avec l’oeuvre de Louise remonte à cette expo dont Gilles était le commissaire. Ce fut un coup de foudre. J’ai toujours apprécié le côté très sensuel de son travail, de ses oeuvres parfois peintes avec les doigts, chatoyantes dans la lumière. J’ai eu la chance de représenter une des artistes importantes de l’histoire de l’art au Québec. Son oeuvre, résolument abstraite, qui incorporait des mots, des haïkus, qu’elle rédigeait dans un carnet, parlait d’amitié et d’amour, en donnant une place importante au domaine du rêve. Sa passion pour les mots et la langue transparaissait aussi dans le fait que Louise s’était entourée d’amies poètes et écrivaines. »

M. Blais ajoute qu’il montera une expo-hommage à Louise Robert en 2023.

Quant à Chantal Boulanger, une amie de longue date qui dirigea entre autres une importante galerie à Montréal, et qui, en tant que directrice générale du Centre d’exposition de Baie-Saint-Paul, décida de présenter la rétrospective Louise Robert dans Charlevoix, elle explique : « L’originalité du travail de Louise réside dans l’ajout de mots, de phrases qui dynamisent la matière picturale, multipliant ainsi les pistes de lecture. Les mots étant parfois peu lisibles, l’oeuvre donne à voir les passages de la présence à l’absence qui encouragent la recherche de sens, propre à toute représentation. Aux préoccupations formalistes se greffe la fascination de la langue dans la peinture. Le geste, la couleur, les textures et les mots font de la toile un étrange territoire qui révèle de curieux paysages. Mais, avec raison, René Payant avait aussi qualifié ses oeuvres d’autoportraits, comme des inscriptions de soi. »

Louise Robert laisse dans le deuil l’historienne, sociologue et critique d’art Lise Lamarche, sa conjointe, avec qui elle partageait sa vie depuis 44 ans.

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