Pierre Soulages, star mondiale de la peinture française, est mort à 102 ans

Pierre Soulages, lors d’une séance photo au Musée du Louvre, à Paris, en décembre 2019. Le peintre est connu pour ses tableaux aux nuances infinies de noir.
Joel Saget Agence France-Presse Pierre Soulages, lors d’une séance photo au Musée du Louvre, à Paris, en décembre 2019. Le peintre est connu pour ses tableaux aux nuances infinies de noir.

Pierre Soulages, star mondiale de la peinture française connue pour ses tableaux aux nuances infinies de noir, est décédé dans la nuit de mardi à mercredi à l’âge de 102 ans.

Le décès du peintre est intervenu en raison d’une insuffisance cardiaque, a indiqué à l’AFP Mohamed Kaoud, majordome des Soulages à Sète depuis 27 ans. Sa veuve, centenaire, « tient le coup, mais n’a peut-être pas encore tout à fait réalisé », a-t-il ajouté.

Le couple venait « de fêter son 80e anniversaire de mariage », a précisé Alfred Pacquement, ami de longue date et président du musée qui porte son nom à Rodez, dans le département méridional de l’Aveyron.

M. Pacquement, l’un des historiens de l’art et conservateurs qui a probablement le plus travaillé sur l’oeuvre de Soulages, en organisant notamment l’hommage qui lui a été rendu au Louvre en 2019. Jusqu’alors, seuls Picasso et Chagall avaient eu ce privilège.

« Pierre Soulages avait su réinventer le noir, en y faisant jaillir la lumière. Par-delà le noir, ses oeuvres sont des métaphores vives où chacun de nous puise l’espoir », a réagi le président français Emmanuel Macron sur Twitter.

« Tristesse en apprenant le décès de Pierre Soulages », a twitté la première ministre Élisabeth Borne. « Il laisse dernière lui une oeuvre immense qui traverse le temps », a-t-elle ajouté, qualifiant aussi le grand peintre d’« incroyable réinventeur du noir et maître des lumières ».

C’est « une grande perte pour le monde de l’art et pour la France », a réagi la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak.

Grand, toujours vêtu de noir, Soulages a acquis une renommée mondiale grâce à ses grandes toiles aux mille nuances de noir. Il disait chercher à « en faire jaillir la lumière ».

Pendant plus de 75 ans, il a tracé inlassablement son sillon, s’attirant la reconnaissance des institutions culturelles et du marché de l’art qui en a fait un des artistes français les plus cotés, de son vivant.

Une de ses toiles de 1961, correspondant à sa période rouge, a été vendue à 20,2 millions de dollars américains à New York en novembre 2021.

Il était aussi représenté au salon international d’art contemporain Paris + Art Basel, la semaine dernière, aux côtés d’un Picasso ou d’un Kandinsky, ainsi que de la jeune scène émergente mondiale.

« Jusqu’au bout il a peint, jusqu’à il y a quelques semaines », a déclaré, très ému, Benoît Decron, le directeur du musée Soulages à Rodez, joint par l’AFP.

Fasciné par la préhistoire dès son plus jeune âge, il a beaucoup travaillé au brou de noix avant de poursuivre avec ses grands aplats noirs de peinture à l’huile, qu’il raclait, grattait et modelait presque dans l’épaisseur de la peinture, faisant surgir des nuances de rouge, de bleu et des transparences inattendues.

Il avait basculé dans ce qu’il appelait « l’outrenoir » en 1979, alors qu’il peinait sur une oeuvre entièrement recouverte d’un noir épais, striée par hasard.

« J’étais au-delà du noir, dans un autre champ mental », a-t-il raconté. « Le pot avec lequel je peins est noir. Mais c’est la lumière, diffusée par reflets, qui importe ».

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