Québec aime Riopelle

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
La fresque maîtresse « L’hommage à Rosa Luxemburg » sera exposée dans la salle circulaire du troisième étage avec vue sur le fleuve et sur les Plaines.
Photo: Les Architectes FABG La fresque maîtresse « L’hommage à Rosa Luxemburg » sera exposée dans la salle circulaire du troisième étage avec vue sur le fleuve et sur les Plaines.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Le futur Espace Riopelle, qui sera intégré au Musée national des beaux-arts du Québec, est un défi architectural audacieux — à l’image du peintre — et un projet captivant.

Jean Paul Riopelle aurait eu 100 ans cette année. L’occasion, pour le Québec, de rendre au peintre, graveur et sculpteur un hommage appuyé, qui se déclinera tout au long des prochaines années. L’un des projets les plus ambitieux est la réalisation du futur Espace Riopelle, l’un des rares bâtiments construits au Québec pour abriter un corpus unique. Au coût de 42,2 millions de dollars, il sera enchâssé au complexe du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), le tout premier musée québécois à avoir fait l’acquisition d’une de ses oeuvres, en 1956, et remplacera en partie l’actuel pavillon Central. Un sacré défi d’architecture alors que les bâtiments patrimoniaux des alentours, le pavillon Charles-Baillairgé, l’ancienne prison de Québec et le pavillon Gérard-Morisset notamment, ont tous été édifiés dans le style néoclassique des années 1930. Et que le nouvel espace bordera le site historique des plaines d’Abraham. Ce dernier abritera, dès son ouverture en 2025-2026, une centaine de tableaux et de sculptures, y compris un don de 69 oeuvres provenant de la Fondation Jean Paul Riopelle. Le MNBAQ possède déjà la plus importante collection publique d’oeuvres du peintre.

Des défis d’intégration

En septembre dernier, on apprenait que la firme québécoise Les architectes fabg remportait l’appel d’offres à la suite des délibérations d’un jury constitué d’experts, du conseil d’administration du MNBAQ et de la Fondation Jean Paul Riopelle. « Les architectes fabg ont capté l’essence de ce projet, explique Jean-Luc Murray, directeur général du MNBAQ. L’architecte responsable du projet, Éric Gauthier, qui dirige la firme maintes fois primée, est très investi et très à l’écoute. Il comprend parfaitement les contraintes techniques ainsi que les objectifs liés à l’expérience visiteur, à l’accessibilité et à l’arrimage avec les réserves muséales en place. » Certes, la firme n’en est pas à ses premiers succès dans l’univers artistique : Musée d’art de Joliette, esplanade Clark, siège social du Cirque du Soleil, Espace Go, etc. « Cette expérience transparaît dans sa façon de comprendre la réalité du projet, s’enthousiasme Jean-Luc Murray. On a très hâte de travailler avec lui sur le processus de conception intégrée et d’ajuster, dans les prochains mois, certains aspects comme la volumétrie, les pentes des toits, la vue traversante, etc. » Cela, dans l’idée de dialoguer avec les partenaires — mécènes et philanthropes, Ville de Québec, parc des Champs-de-Bataille et communauté locale — et faire évoluer le projet sans changer son essence. Cette recherche d’acceptabilité est assez nouvelle en matière d’architecture au Québec. « Ça prend un architecte dans une posture d’humilité, comme Éric Gauthier », ajoute Jean-Luc Murray.

L’une de ces contraintes est de faire résonner l’oeuvre colossale de Riopelle dans un espace qui célèbre les thèmes chers à l’artiste — la nature, la nordicité, le territoire, le fleuve — et son style puissant, rythmique, émotif, où la sculpture n’est jamais bien loin de la toile. « D’un point de vue philosophique, on désirait que cet espace fasse parler Riopelle aux autres artistes québécois présentés dans la collection nationale, explique le directeur général du MNBAQ. Il fallait aussi établir une correspondance avec la salle revendiquée de Refus global. » Le résultat est une structure à taille humaine, très fenestrée, écho aux ateliers de peintres, avec un accès direct à la lumière naturelle. Conçu en conformité avec les concepts de développement durable, le futur pavillon sera aux antipodes du musée aseptisé, un peu figé, « un pavillon plein d’audace, le contraire du mausolée », selon l’expression de Jean-Luc Murray. Pas le choix d’oser la nouveauté pour être inclusif et ouvert à tous.

Célébrer l’émotion

« Pas d’espaces blancs et lisses, dit en écho l’architecte Éric Gauthier. Il faut que le projet final et la scénographie entrent en résonance avec Riopelle, sa personnalité et son oeuvre, et traduisent son côté rebelle tout en force. » L’architecte veut faire évoluer le visiteur à travers un crescendo émotionnel qui culmine dans l’espace et dans l’intensité psychologique, voire spirituelle : la salle circulaire du troisième étage où sera exposée la fresque maîtresse L’hommage à Rosa Luxemburg, avec vue sur le fleuve et sur les Plaines. Un lieu propice au recueillement. « Les oeuvres d’art ne parlent pas juste à la tête ; elles parlent aux émotions, ajoute Jean-Luc Murray. Ça parle de nos valeurs. Les gens de la Fondation nous trouvent un peu flyés, mais ils embarquent dans le projet, ils nous font confiance. On se demande souvent ce que Riopelle penserait de ce projet d’architecture ; on est peut-être un peu baveux, mais on pense qu’il serait content ! »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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