La vie au temps de la COVID-19

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
« File d’attente au Costco d’Anjou, Montréal, 10 avril 2020 »
Photo: Michel Huneault Musée McCord Stewart « File d’attente au Costco d’Anjou, Montréal, 10 avril 2020 »

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Le Musée McCord Stewart présente jusqu’au 22 janvier 2023 l’exposition INCIPIT – COVID 19, une lecture en photos du printemps 2020, aux premiers mois de la crise sanitaire.

Incipit : le terme désigne les premiers mots d’une oeuvre. Et c’est bien au prélude de la pandémie, au moment de la toute première vague, que s’intéresse cette exposition photographique constituée de 30 images ainsi que de trois projections photo et vidéo. Dès le mois d’avril, le Musée McCord Stewart — et sa présidente et cheffe de la direction, Suzanne Sauvage — a donné carte blanche au photographe et artiste visuel Michel Huneault, habitué à témoigner de l’impact des drames collectifs sur l’individu (comme le corpus primé qu’il a réalisé à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic) pour décrire le quotidien des citoyens dans un Montréal bousculé par l’arrivée de la COVID-19.

Le choc des images

 

L’exposition tient dans une salle unique : les murs et le plancher sombres, comme le faible éclairage, créent une ambiance intimiste, qui donne aux images une puissance décuplée. Au centre sont intégrés des panneaux de plexiglas, ceux-là mêmes qui font désormais partie de notre quotidien.

Dès l’entrée, les images en grand format projettent en continu des scènes de vie ordinaires sous la pandémie : soignants affairés dans des zones chaudes d’hôpital, patients sous respirateur artificiel, personnel en combinaison blanche intégrale. D’emblée, le visiteur replonge (peut-être un peu malgré lui) dans l’ambiance surréelle de ce début du printemps 2020 : citoyens en file indienne devant hôpitaux et commerces — à deux mètres de distance réglementaire —, espaces publics désertés et leur mobilier urbain enrubanné pour en barrer l’accès, l’aréna Maurice-Richard reconverti en foyer pour personnes itinérantes.

Et le visage sombre de François Legault à la télévision, lors de son rendez-vous quotidien avec les Québécois pour le décompte des infections et des décès. Des images d’un monde sous le choc aux prises avec la réalité d’une crise sanitaire sans précédent.

Au coeur des zones chaudes

 

Le choix du corpus iconographique a d’abord été dicté par la trame narrative avec l’objectif de raconter la première vague autour de trois axes : la sphère publique, la sphère privée et, enfin, le milieu hospitalier. La sélection finale de la collection a été réalisée avec l’équipe du musée avec l’intention de décliner les émotions vécues à ce moment-là.

« Quand j’ai enfin pu avoir accès à l’hôpital en mai, c’est grâce à l’aide de deux personnes des CIUSSS de Verdun et de l’Ouest-de-l’Île. Sur place, les soignants ont très bien compris la mission de ce travail de documentation et ont été très collaboratifs, même s’ils restaient hyperconcentrés sur leurs actions quotidiennes. » Bien sûr, les photos ont été prises avec l’accord des patients et de leur famille, ainsi que la courte vidéo projetée au fond d’un couloir de plexiglas qui montre une infirmière chantonnant avec douceur au chevet d’un homme intubé.

« Très tôt, le scénographe Pierre-Étienne Locas et moi, nous savions que ce film occuperait une place centrale du corpus, dit le photographe. Beaucoup de gens auraient aimé vivre ce moment de délicatesse incroyable avec leurs proches. » Dans le fond de ce couloir, espace de recueillement ô combien symbolique, le visiteur revit non sans émotion sa propre expérience du début de la pandémie.

Une expériencesingulièrement collective

 

« INCIPIT vient compléter le vécu du visiteur pendant la pandémie, explique Michel Huneault. L’exposition l’amène à comprendre que chacun a passé cette période à sa manière, pas forcément de la même façon. » Devant ces scènes, on reste en effet avec l’impression d’avoir vécu l’une des multiples facettes d’une même expérience collective.

Quant à lui, ce projet lui a permis de s’extraire d’un tunnel dans lequel il se sentait isolé : « de sortir de ma propre caverne de Platon », dit-il. Le visiteur en sort aussi avec un drôle de sentiment : comme si nous étions aujourd’hui frappés par une forme d’amnésie collective, que nous avions tous fait le même cauchemar, un sentiment que cette exposition vient réactiver.

Qu’en ressort-il ?

« Tout le chemin parcouru depuis le printemps 2020 ! souligne Michel Huneault. Et, aussi, le sentiment de solidarité qu’on a observé avec les gens isolés chez eux ou à l’hôpital. La connexion entre nous n’est pas qu’une menace, c’est une valeur ajoutée. » Cette solidarité transparaît dans les vues prises dans les établissements de santé et devant les CHSLD, mais aussi dans cette prolifération des dessins d’arc-en-ciel, devenu en quelques semaines un symbole de fraternité et de bienveillance.

Sur un panneau des messages de reconnaissance à l’égard des soignants et d’autres acteurs communautaires rendent un hommage vibrant. Preuve que la distanciation a bel et bien été, en cette première vague de COVID-19, bien plus physique que sociale.

En marge à cette exposition, le Musée McCord Stewart a invité le public à participer à la documentation de la pandémie avec le projet Cadrer le quotidien. Histoires de confinement. 4000 photos de citoyens ont ainsi été partagées sur les réseaux sociaux (#CadrerLeQuotidien).

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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