Un nouveau regard sur l’oeuvre de Basquiat

Malik Cocherel
Collaborateur spécial
L’exposition agit comme un véritable révélateur de sens, où le rap, le jazz, l’opéra et le rock punk se présentent comme des clés pour mieux décoder le travail de Basquiat.
Photo: Denis Farley MBAM L’exposition agit comme un véritable révélateur de sens, où le rap, le jazz, l’opéra et le rock punk se présentent comme des clés pour mieux décoder le travail de Basquiat.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Avec sa nouvelle expo événement, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) apporte un éclairage inédit sur le travail de Basquiat à travers les différents courants musicaux qui ont rythmé sa brève existence. À voir et à écouter.

Dans le grand bal des rétrospectives consacrées à Jean-Michel Basquiat, la musique n’avait jamais encore été mise au centre d’une exposition de cette façon. Pour sa troisième collaboration avec le Musée de la musique de la Philharmonie de Paris (après les expos Chagall et Miles Davis en 2017 et 2010), le MBAM nous propose une plongée passionnante dans l’univers musical qui a façonné l’oeuvre de la comète de l’art contemporain.

À plein volume. Basquiat et la musique offre bien plus qu’une trame sonore illustrant la trop courte existence de l’artiste emporté par une surdose à 27 ans, un soir de 1988, alors qu’il s’apprêtait à assister à un concert de Run-DMC et Public Enemy. L’exposition agit comme un véritable révélateur de sens, où le rap, le jazz, l’opéra et le rock punk se présentent comme des clés pour mieux décoder le travail de Basquiat.

À travers ses tableaux et autres compositions, le roi du néo-expressionnisme a retranscrit les rythmes et les sons qui ont fait vibrer le New York des années 1980. Oiseau de nuit, Basquiat a traîné avec Andy Warhol, Keith Haring et compagnie sur les pistes de danse du Mudd Club, du CBGB et de l’Area, où il a été le témoin privilégié de l’émergence de courants musicaux comme la no wave et le hip-hop, qui ont trouvé une caisse de résonance parmi ses oeuvres.

Des tableaux qui font grand bruit

 

Graffeur à ses débuts, l’artiste qui couvrait les murs du Lower Manhattan de slogans anticapitalistes sous le nom de SAMO maîtrisait comme personne la musicalité des mots. Une section de l’expo est consacrée à la façon dont Basquiat rendait les sons visibles, que ce soit par les lettres, qui étaient pour lui autant de notes de musique, ou par les symboles et onomatopées, qui venaient ponctuer avec fracas certains de ses tableaux.

La musique a aussi beaucoup influencé son processus créatif. Il régnait une grande cacophonie dans son atelier-studio de Great Jones Street, entre les disques qu’il écoutait à plein volume et la télévision qui était souvent allumée. Grand admirateur de Charlie Parker et Miles Davis, Basquiat a développé de vraies habitudes de jazzman dans la façon d’aborder son art. À la manière des pères fondateurs du mouvement be-bop, il n’hésitait pas à donner libre cours à l’improvisation et à briser des codes bien établis.

Sa fameuse méthode du copier-coller, utilisée pour reproduire les images, fait écho à la technique musicale de l’échantillonnage qui a fait le bonheur des producteurs de hip-hop. Lui-même DJ à ses heures, Basquiat a été bien plus qu’un simple spectateur de la bouillonnante scène musicale de son époque. Ce grand mélomane, qui possédait une collection de plus de 3000 disques, a signé de sa main plusieurs prospectus visant à promouvoir les groupes de musique qu’il appréciait et les boîtes de nuit qu’il fréquentait.

Une drôle de machine

 

Basquiat s’est surtout exercé lui-même à la musique. C’est une autre facette, moins connue du grand public, qui est mise en lumière dans la riche exposition montée par la conservatrice en chef du MBAM, Mary-Dailey Desmarais, l’historien de la musique Vincent Bessières, et l’historien de l’art Dieter Buchhart. Dès la fin des années 1970, l’artiste a fondé avec Michael Holman le groupe Gray, formation expérimentale au sein de laquelle il déclinait ses poèmes en jouant de la clarinette et du synthé.

Musicien à l’âme rebelle, Basquiat s’est également illustré en débarquant sur scène avec une machine-chariot terriblement bruyante, lors d’un concert célébrant l’anniversaire du marchand d’art Leo Castelli au Rock Lounge de New York, en 1980. Le drôle d’engin conçu sur mesure par le fabricant d’instruments expérimentaux Peter Artin a depuis disparu. Unique copie de l’original, la reproduction exposée au MBAM est certainement l’une des curiosités de cette rétrospective haute en couleur et en son.

À plein volume. Basquiat et la musique. Au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 19 février 2023.

En immersion dans le New York de Basquiat


Conçue par le studio montréalais Dpt., l’application de réalité augmentée Basquiat et la musique permet de s’immerger dans l’univers de l’artiste durant la visite de l’exposition. Avec un téléphone en main et des écouteurs sur les oreilles, on replonge dans le New York des années 1970 et 1980, pour découvrir les influences musicales de Basquiat et resituer certaines de ses créations dans leur contexte d’origine. L’appli propose des contenus interactifs sur une vingtaine d’oeuvres, dont la toile Sans titre (Sheriff), exposée un temps derrière le bar du Club 57 à New York.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



À voir en vidéo