Les gouvernements appelés à légiférer sur les collections autochtones

Le Musée McCord Stewart possède une collection de masques autochtones pour laquelle il assure n’avoir jamais reçu de demande de restitution.
Photo: Rania Mekky Getty Images Le Musée McCord Stewart possède une collection de masques autochtones pour laquelle il assure n’avoir jamais reçu de demande de restitution.

L’Association des musées canadiens (AMC) invite le gouvernement fédéral et les provinces à adopter une loi pour forcer les institutions muséales à restituer leurs biens culturels autochtones aux communautés concernées. Trop de ces biens appartenant aux Autochtones sont encore entreposés dans des musées sans leur accord, déplore-t-on dans un rapport publié mardi.

On parle ici de documents d’archives, de photos, d’oeuvres d’art et même de restes humains. Que de tels biens culturels soient aujourd’hui entre les mains de musées allochtones découle d’un « héritage colonial » et de « pratiques génocidaires », peut-on lire dans ce rapport de 138 pages.

L’AMC reconnaît néanmoins que des efforts ont été faits dans les dernières années par les musées canadiens pour restituer les biens autochtones à qui de droit. Il n’en demeure pas moins que le rapatriement d’artéfacts autochtones se bute à un certain nombre d’obstacles.

« Le processus est souvent lent, sous-financé, en sous-effectif et non hiérarchisé, imposant ainsi un fardeau inégal aux communautés autochtones qui doivent mener la recherche et participer aux processus politiques ou satisfaire le fardeau de la preuve défini par les musées », conclut le rapport. En plus d’être confrontées à un manque de ressources et de financement, les communautés autochtones ne disposent pas souvent de suffisamment d’espace pour entreposer tous les biens qui leur reviennent, ajoute-t-on.

Pour donner aux Autochtones les moyens de leurs ambitions, l’AMC interpelle les gouvernements pour l’adoption de lois encadrant le processus de rapatriement, conformément à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) et au rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015.

L’Association des musées canadiens précise que ces changements législatifs doivent aussi s’accompagner d’un financement accru pour faciliter la rétrocession de biens muséaux aux Autochtones. « Nous recommandons que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux assument les coûts du processus de rapatriement pour les communautés autochtones au moyen d’un financement dédié et continu », suggère le rapport.

Une loi pas si nécessaire ?

On estime que le quart des établissements muséaux au pays détiendraient des biens culturels aux origines autochtones. Parmi eux, le Musée McCord Stewart possède une collection de masques autochtones pour laquelle il assure n’avoir jamais reçu de demande de restitution. Si une telle demande était faite, l’institution montréalaise agirait, dit-elle, « au cas par cas ».

« Plusieurs communautés autochtones sont très à l’aise qu’il n’y ait pas de loi à proprement parler sur la restitution, comme aux États-Unis. Cela leur permet de nouer des contacts avec les musées. Je pense qu’il y a des façons de bien travailler ensemble, sans qu’il y ait une loi pancanadienne. Cela pourrait aider, mais ce n’est pas la seule solution », a ajouté Jonathan Lainey, conservateur au Musée McCord Stewart pour tout ce qui a trait aux cultures autochtones.

Ottawa ne s’engage pas d’ailleurs pour l’instant à adopter une loi sur le sujet. Dans un courriel envoyé au Devoir, le ministère du Patrimoine dit vouloir étudier le rapport en profondeur avant de s’avancer. Le Musée amérindien de Mashteuiatsh et le Musée huron-wendat de Wendake ont eux aussi indiqué vouloir se donner du temps avant de réagir au rapport de l’AMC.

Malgré un changement législatif et un meilleur financement, le rapatriement des collections autochtones demeurerait fort probablement un processus laborieux. L’AMC dit avoir constaté que plusieurs musées hésitent à donner suite à des demandes, avec raison, car il est impossible pour eux de prouver l’origine des oeuvres réclamées. « La provenance et l’origine des objets ont même parfois été tout bonnement inventées par le donateur ou le vendeur. Cela signifie qu’un musée, si bien intentionné soit-il, ne peut tout simplement pas rendre des biens culturels sans en connaître la provenance », évoque-t-on dans le rapport.

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