L’intimité dans le métro

Alana Riley, «Untitled II (At the Seamstress)» et «Untitled IV (At the Bar)» de la sé- rie «The Pressure Between You and Me is Enough to Take a Picture», 2003
Photo: Studio Lux Alana Riley, «Untitled II (At the Seamstress)» et «Untitled IV (At the Bar)» de la sé- rie «The Pressure Between You and Me is Enough to Take a Picture», 2003

En gros plan, au-dessus des escaliers roulants qui charrient les milliers de passagers quotidiens du métro, un homme et une femme se serrent dans leurs bras. Ce sont pourtant deux inconnus l’un pour l’autre. Entre eux, un petit déclencheur a permis d’activer l’appareil photo, juste au moment où l’étreinte était suffisamment pressante.

Cette photo d’Alana Riley, comme de nombreuses autres oeuvres d’art, fait partie du parcours établi par Zoom Art, dans et autour de la station de métro Montmorency, à Laval. Né en pleine pandémie, alors que les musées étaient fermés, Zoom Art s’est donné pour mission de faire entrer l’art dans les lieux publics. Le thème de cette troisième édition, Être ensemble, fait aussi référence à la pandémie, quant à la façon dont elle nous a privés de contacts sociaux, et aussi forcés à vivre entassés les uns sur les autres.

Soudaine intimité

 

Aussi, la soudaine intimité entre deux êtres, évoquée dans les oeuvres d’Alana Riley, revient dans les photos de Caroline Hayeur, qui a photographié ses modèles alors qu’ils sommeillaient dans leur lit.

Ce sont des panneaux généralement consacrés à de l’espace publicitaire qui sont ainsi occupés par des artistes, jusqu’au 16 octobre. On trouvera donc ces oeuvres tant dans le métro que sur des abribus, ou encore juchées bien haut, sur des enseignes offertes à la vue des automobilistes.

Photo: Studio Lux Des œuvres de Caroline Hayeur

Certaines oeuvres ont dû changer radicalement de forme depuis leur format initial. C’est le cas d’Ordalie no 1, une toile peinte par Rafael Sottolichio en 2013, qui mesurait à l’origine environ cinq pouces sur sept, et qui est désormais reproduite en 12 pieds sur 16. « La première fois que je suis allé voir le panneau, ma première réaction a été de rire. C’est un panneau planté au milieu d’un stationnement avec un centre commercial derrière. Et les couleurs pètent », raconte l’artiste.

C’est l’intimité de sa propre famille que l’artiste a reproduite ici, effleurant le thème des enjeux de l’immigration, lui dont les parents dont Chiliens d’origine.

Des dictionnaires roulés en boule

 

C’est au terme de deux ans de résidence au Nouveau-Brunswick que l’artiste Karen Trask a produit les deux installations qui sont représentées en photo sur un abribus. Dans la première, l’artiste a réalisé une immense pelote de fil avec les pages de 50 dictionnaires qui avaient été mis au rebut. Pour ce faire, elle a utilisé la technique japonaise du shifu. L’immense boule qui en a résulté a été déployée, durant plus de cinq heures, dans le petit village de Sackville, où l’artiste a fait sa résidence.

La présence d’oeuvres d’art dans divers endroits liés au transport public fait souvent ressortir la grisaille, voire la laideur des lieux. Dans le terminus d’autobus de Laval, qui dessert également la couronne nord, les oeuvres de Louise Robert, qui peuvent évoquer des bouquets aux fleurs colorées, procurent un peu d’évasion dans un univers lourd et glauque.

Comme Rafael Sottolichio, Anne-Renée Hotte voit ses oeuvres montées sur un panneau du boulevard de la Concorde, offert à la vue des automobilistes.

Ses photos, qui tournent autour du thème de la famille, sont aussi tirées d’installations filmées. S’inspirant d’abord de la première phrase du roman Anna Karénine, de Léon Tolstoï, « toutes les familles heureuses se ressemblent », l’artiste tente de montrer une réalité derrière l’image. La célèbre phrase de Léon Tolstoï se poursuit d’ailleurs comme suit : « mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon ».

C’est la commissaire Geneviève Goyer-Ouimette qui a sélectionné les oeuvres présentées. La plupart de ces oeuvres ont été réalisées avant la pandémie, mais elles acquièrent un sens nouveau après l’épreuve collective de confinement forcé et par leur situation au milieu d’un lieu de passage, autrement complètement anonyme.

Être ensemble

Zoom Art. Au quadrilatère du métro Montmorency, jusqu’au 16 octobre.

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