MAPP_MTL et la lumière au-delà du divertissement

Le festival MAPP
Photo: Renata Chebel Le festival MAPP

MAPP_MTL, le festival de fresques vidéo lumineuses (communément appelé video mapping) qui combine d’ambitieuses projections au Quartier des spectacles et des « fêtes de quartier » sous le viaduc Van Horne, entame sa septième édition mercredi.

On y présentera des créations qui se veulent à la fois plus intimes et plus ambitieuses que celles qui habillent généralement les murs de la métropole. Une façon de mettre en lumière le bouillonnement créatif qui fait de Montréal un haut lieu mondial du domaine.

« Chaque fois qu’on propose des projets au Quartier des spectacles, par exemple, on essaie de pousser les limites de ce qu’on peut présenter », explique Thien Vu Dang, fondateur et directeur général et artistique du festival. Avec MAPP, il souhaite dynamiser les espaces publics, mais également surprendre.

Ainsi, l’oeuvre Effects of Influence, de l’artiste slovaque Boris Vitazek, présentée sur la façade de l’édifice Wilder dès le 22 septembre, va peut-être « troubler » le public, dit-il. « L’artiste traite de notre impact sur l’environnement, mais visuellement, ce qu’il propose peut être troublant. On a pris ce risque-là : c’est une des raisons d’être de l’art et de notre festival », note-t-il.

Le potentiel des projections

 

Celui qui a commencé à se produire comme vidéojockey au début des années 2000 s’enthousiasme du potentiel « infini » des projections vidéo. Il reconnaît toutefois que les fresques lumineuses peuvent être davantage associées au divertissement tape-à-l’oeil qu’à une création artistique digne de ce nom. Avec MAPP, l’imagiste veut donc rendre à ce médium ses lettres de noblesse.

« Dès notre première édition, on a présenté le travail de l’artiste brésilien VJ Suave. L’artiste se promène à vélo et anime, puis projette ses images, en direct, selon ce qu’il croise sur son chemin, c’est très intime et personnel », raconte Thien Vu Dang.

MAPP, qui tient des événements hors festival toute l’année, a d’ailleurs de nouveau présenté le travail de VJ Suave la semaine dernière dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie. On pourra aussi le revoir lors du festival.

Thien Vu Dang est également fier de ses « minutes MAPP ». Dans le cadre de ce volet du festival présenté depuis 2013, des fresques vidéo lumineuses d’une minute chacune sont présentées l’une à la suite de l’autre sur la façade de Million Tapis et tuiles, devant le planchodrome Van Horne. « On peut y voir une grande diversité de propositions et d’idées. Les gens ont carte blanche », explique-t-il.

Le planchodrome Van Horne fait d’ailleurs office de quartier général du festival, alors que MAPP y organise des « fêtes de quartier numériques » de jeudi à samedi. Jusqu’à 22 h, des DJ animeront ces soirées lors desquelles seront projetées des créations de chaque côté de ce lieu emblématique du Mile End.

Montréal, haut lieu du « mapping »

Grâce à MAPP et aux nombreuses projections monumentales qui éclairent la ville pendant l’année, Montréal est devenue une « capitale mondiale du mapping », indique avec joie Thien Vu Dang.

Certains critiques insistent toutefois sur l’importance d’harmoniser les projections avec les besoins réels des quartiers, et de présenter du contenu qui va au-delà du simple divertissement.

Dans son essai Montréal fantasmagorique. Ou la part d’ombre des animations lumineuses urbaines, paru en février dernier, l’historienne de l’art spécialiste en études urbaines Josianne Poirier défend entre autres l’idée de faire oeuvre utile avec les projets de fresques lumineuses. L’autrice déplore d’ailleurs que ces oeuvres, éminemment visibles dans l’espace public, « ne sont pas considérées comme artistiques » ou pertinentes lorsqu’elles mettent en avant une cause, un mouvement ou un groupe social, pouvait-on lire dans les pages du Devoir, en février dernier.

De son côté, Thien Vu Dang note que Montréal accueille de plus en plus de studios de « video mapping » aux préoccupations sociopolitiques diverses.

Marie-Pier Veilleux, directrice des relations publiques et des affaires internationales pour Moment Factory, explique notamment que son entreprise — un fleuron québécois du domaine dont la réputation n’est plus à faire — s’efforce de présenter « de plus en plus de projets durables » et « d’éclairages DEL » à l’empreinte écologique inférieure.

Quoi qu’il en soit, selon elle, la métropole québécoise jouit de particularités culturelles qui font d’elle une cheffe de file en la matière : « [À Montréal, qui est] à cheval entre un besoin très américain de “flasher”, de faire des projets grandioses, et une sophistication européenne, les projets ont toujours été particulièrement créatifs. »

Et pour l’heure, bon nombre de nouvelles oeuvres seront présentées à MAPP_MTL du 21 au 25 septembre.

À voir en vidéo