La pop éternelle et poétique de Yayoi Kusama

Des oeuvres de l’une des doyennes de l’art contemporain sont présentées à Montréal pour les 15 ans de la Fondation Phi.
Photo: Yusuke Miyazaki Des oeuvres de l’une des doyennes de l’art contemporain sont présentées à Montréal pour les 15 ans de la Fondation Phi.

La Japonaise Yayoi Kusama, 93 ans, est probablement l’artiste contemporaine la plus populaire. Cheryl Sim, directrice générale de la Fondation Phi et commissaire de l’exposition DANCING LIGHTS THAT FLEW UP TO THE UNIVERSE, en est convaincue. « La carrière de Yayoi Kusama est exemplaire et se déploie sur plusieurs décennies. La contribution de cette véritable pionnière, qui produit encore aujourd’hui, à l’histoire de l’art est majeure », explique-t-elle avec enthousiasme.

Les Infinity Mirrored Rooms [Salles de miroirs infinis], une innovation créée par Yayoi Kusama elle-même, ont permis à l’artiste d’attirer un public toujours plus grand et plus jeune au cours des dernières années. Deux d’entre elles, dont DANCING LIGHTS THAT FLEW UP TO THE UNIVERSE, qui donne son nom à l’exposition, sont même présentées à Montréal, alors qu’il n’en existe que vingt en circulation dans le monde entier. Ces minuscules salles, cosmiques et mystérieuses, possèdent tout pour dérouter le visiteur. Dans la pénombre, seuls quelques ampoules et miroirs « nous font sentir et ressentir que nous flottons dans l’univers, que nous perdons conscience de notre corps, que nous appréhendons quelque chose de plus grand que nous », explique la directrice générale, Cheryl Sim.

« Tant mieux si les Salles de miroirs infinis sont la clé qui permet au visiteur de pénétrer dans le travail de Yayoi Kusama pour en découvrir les innombrables facettes et apprécier davantage ses vibrations », ajoute-t-elle.

Bien plus encore, les Infinity Mirrored Rooms témoignent des interrogations et des propositions que Yayoi Kusama soulève à travers l’ensemble de ses oeuvres exploratoires. « Qui sommes-nous ? » est, de fait, la grande question qui guide depuis ses débuts cette artiste fascinée par les constellations. « Selon elle, nous sommes tous des étoiles parmi des milliards d’autres étoiles. Et puisque nous sommes aussi voués à disparaître, Yayoi Kusama affronte la peur existentielle et universelle de mourir d’une façon positive, indique Cheryl Sim. Elle sonde les points et les motifs cellulaires, tout comme les formes biomorphiques et puis les citrouilles et les fleurs, pour réconforter et conjurer cette angoisse. »

« Questions fondamentales »

Le visiteur pourra également découvrir dans DANCING LIGHTS THAT FLEW UP TO THE UNIVERSE la profondeur et l’ampleur du travail de Yayoi Kusama. Pour Cheryl Sim, l’artiste est, par ailleurs, vertigineusement progressiste dans sa façon de peindre, et l’univers et notre place d’humain dans celui-ci restent éternellement au coeur de ses préoccupations. « Elle a commencé ses dessins et ses peintures monochromes avec des gestes répétitifs, ce qui produisait un effet de filet qui traversait toute la toile, rappelle la commissaire de l’exposition. Puis, elle s’est au fur et à mesure rendu compte de son obsession pour les motifs et les petits points, qui sont à la racine de sa proposition. »

Pour sa part, Phoebe Greenberg, fondatrice et cheffe de la création du groupe Phi, estime que l’exposition consacrée à Yayoi Kusama est un événement important qui incite le visiteur à réfléchir sur la notion d’« immersivité », chère à Phi. « Elle a posé des questions fondamentales sur son statut de femme et son statut d’artiste, en proposant une méditation sur sa présence dans le monde et dans l’univers. L’accumulation de répétitions est là pour régler ce sentiment d’anéantissement imminent. » Et si les oeuvres de Yayoi Kusama voyagent partout sur la planète grâce aux expositions et aux réseaux sociaux, DANCING LIGHTS THAT FLEW UP TO THE UNIVERSE est une belle occasion d’apporter et d’ancrer une nouvelle dimension au parcours artistique.

Enfin, Cheryl Sim salue la notoriété d’une artiste comme Yayoi Kusama, à laquelle beaucoup s’identifient. « Son travail pop, ludique et coloré parle à de nombreuses personnes et touche directement l’âme. Elle nous rappelle que l’art est destiné à tout le monde, pas seulement à une certaine élite. » Un accès à la beauté que le public attendait, puisque les billets de l’exposition pour le mois de juillet se sont envolés en quelques instants.

DANCING LIGHTS THAT FLEW UP TO THE UNIVERSE [Un ballet de lumières envolé dans l’Univers]

De Yayoi Kusama, à la Fondation Phi, jusqu’au 15 janvier 2023. Des billets - gratuits - sont disponibles chaque 15 du mois pour le mois suivant.

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