Un été sous le signe de l’art contemporain dans les musées du Québec

Gabrielle Tremblay-Baillargeon
Collaboration spéciale
En s’inspirant des écrits de Marx, Mika Rottenberg propose un «surréalisme social» qui semble échapper à toute logique narrative. Ici, son œuvre Spaghetti Blockchain (vue d’installation, 2019).
Photo: Dario Lasagni En s’inspirant des écrits de Marx, Mika Rottenberg propose un «surréalisme social» qui semble échapper à toute logique narrative. Ici, son œuvre Spaghetti Blockchain (vue d’installation, 2019).

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

Du nord à l’est du Québec, l’art contemporain se fait tantôt politique, tantôt pensé pour les beaux jours. Des artistes émergents aux grands noms du monde de l’art, il y a de quoi s’arrêter dans les institutions de la province dans les prochains mois. Voici les expositions à ne pas manquer.

Musée d’art contemporain de Montréal

Montréal, c’est le travail de l’artiste Mika Rottenberg que l’on présentera dans le cadre d’une exposition immersive conçue en étroite collaboration avec l’artiste. Née en Argentine, établie à New York depuis plusieurs années, la créatrice déploiera trois installations vidéographiques en compagnie d’objets sculpturaux insolites. En s’inspirant des écrits de Marx, Rottenberg propose un « surréalisme social » qui semble échapper à toute logique narrative.

Visuellement surchargées et hypercolorées, ses œuvres politiques et emplies d’humour empruntent aux codes du documentaire comme de la fiction afin de mettre en lumière les interactions entre corps et machines. Pour ce faire, l’artiste juxtapose des productions corporelles (éternuements, sécrétions…) et des produits manufacturés.

Tourné en Chine, NoNoseKnows (2015) offre une allégorie subversive des pratiques du travail. Cosmic Generator (2017) propose une analogie ironique entre l’enjeu migratoire et la circulation à grande échelle des marchandises. L’œuvre met en relation un système de tunnels entre la ville mexicaine de Mexicali, la ville californienne de Calexico et un marché d’articles en plastique situé à Yiwu, en Chine, où l’on découvre des boutiques soporifiques remplies d’un tas de babioles étincelantes. Enfin, Spaghetti Blockchain (2019), féérie survoltée difficile à résumer, présente notamment un accélérateur de particules que Rottenberg a pu filmer lors de sa résidence au CERN, près de Genève. Vous en redemandez ? Sachez qu’à l’automne, le MAC présentera Remote, le premier long métrage expérimental de la créatrice.

Du 21 mai au 10 octobre 2022

Musée d’art de Joliette

Au MAJ, quatre expositions estivales d’art contemporain attendent le public, dont trois sont proposées par des artistes nationaux. D’abord, l’artiste canadien Kevin Schmidt présente DIY Hifi [Hifi fait maison] (2014-2018), qui transforme une salle d’exposition en salle d’écoute où le public est invité à faire jouer ses propres disques vinyle. La Québécoise Vicky Sabourin, elle, puise à même ses deuils pour travailler la puissance d’évocation des odeurs.

L’exposition Le lys de ta peau propose la création d’œuvres photographiques, textiles et sculpturales présentées dans les aires de circulation du MAJ. Enfin, une dizaine de sculptures du Québécois Samuel Roy-Bois, créées en taille directe ou formées par des assemblages d’objets banals, usent de matériaux accessibles dans l’atelier ou dans l’environnement immédiat de l’artiste. Exposées au Québec pour la première fois, elles témoignent matériellement des possibilités offertes à l’artiste lors de ces quelques mois où il s’est rendu disponible aux opportunités offertes par son milieu de vie. Les sculptures seront accompagnées d’une série de photographies réalisées lors d’une résidence en Allemagne, qui présente des objets du quotidien formant des sculptures improbables et éphémères. Un dialogue de l’ordinaire s’installe ainsi entre les deux volets de cette exposition.

Du 18 juin au 5 septembre 2022

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Deux biennales s’installent en Estrie. La 6e édition de la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA) réunira sculptures, photographies et performances qui seront regroupées dans l’exposition Land Back faisant escale au Musée des beaux-arts de Sherbrooke.

Le mouvement du même nom, dont s’inspire l’expo, vise à obtenir la gouvernance et le contrôle des terres ancestrales, s’ancrant ainsi dans la décolonisation. La dizaine d’artistes conviés à ce pôle estrien de la biennale (on compte sept lieux investis au total) offrent une perspective nordique du thème. Tous proviennent ou travaillent autour du Grand Nord.

Jusqu’au 26 juin 2022

Parallèlement à cette initiative, la 10e Biennale des artistes des Cantons-de-l’Est, anciennement le Salon du printemps des artistes des Cantons-de-l’Est, présentera le travail de onze artistes de la région aux pratiques et aux parcours variés, à travers l’exposition Le temps à l’œuvre. Celle-ci sera divisée en deux temps et s’échelonnera du 28 avril au 11 septembre 2022.

Musée d’art contemporain des Laurentides

Au nord de la métropole, le MACLAU accueille C’était possible, expo mémoire qui souligne les 50 ans du Cégep de Saint-Jérôme.

Portés par l’histoire des vies adolescentes revendicatrices, transgressives et habitées par tous les possibles, les œuvres et les artéfacts mis en lumière sont tous le produit d’étudiants de l’établissement collégial. Les finissants en arts visuels y exposeront quant à eux leurs créations les 21 et 22 mai prochains.

Du 5 juin au 14 août 2022

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