Dialogue entre le présent et le passé au MBAM

Aline Noguès
Collaboration spéciale
Artiste multi-disciplinaire établie à Toronto, Oreka James s’intéresse aux complexités qui entourent la surveillance continuelle des personnes noires. Ici, son œuvre Nul besoin d’attendre l’aube ou l’aurore, car c’est arrivé! (2021)
Photo: MBAM, fonds Hélène Couture Artiste multi-disciplinaire établie à Toronto, Oreka James s’intéresse aux complexités qui entourent la surveillance continuelle des personnes noires. Ici, son œuvre Nul besoin d’attendre l’aube ou l’aurore, car c’est arrivé! (2021)

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

À travers quatre expositions temporaires, l’institution de la rue Sherbrooke annonce la couleur : diversité des voix et inclusion, dialogue entre les époques et multidisciplinarité.

« La programmation estivale est une programmation inclusive, variée et pertinente par rapport à notre période actuelle. C’est une programmation qui apporte un nouveau regard sur l’histoire de l’art et sur notre société », explique Mary-Dailey Desmarais, conservatrice en chef du Musée.

Au programme ces prochains mois, quatre expositions, dont deux sont déjà à l’affiche. Nicolas Party. L’heure mauve (jusqu’au 16 octobre) aborde la représentation de la nature dans l’histoire de l’art et les rapports de l’humain avec celle-ci, qu’elle lui soit hostile ou accueillante, synonyme d’aventures ou de dangers. Le jeune artiste d’origine suisse a réalisé des murales sur mesure, intégrant à son travail les œuvres du XVIe au XXe siècle de la collection du Musée. « Ce geste nous permet de remettre en question ce que l’on pense connaître de l’histoire de l’art, de voir nos collections d’un œil neuf ; cela fait partie de la vision du Musée », ajoute la conservatrice. L’exposition, dans une approche multidisciplinaire, est mise en chanson par le musicien québécois Pierre Lapointe.

À voir également jusqu’au 10 juillet, la première exposition au Canada du New-Yorkais Adam Pendleton, Ce qu’on a fait ensemble. Figure majeure de son temps, très engagé socialement, l’artiste multidisciplinaire d’avant-garde combine la peinture, le dessin, l’écriture, dans un mélange entre formel et conceptuel qui interroge le rapport de l’individuel au collectif, thème lui aussi d’une grande actualité.

Donner à voir l’invisible

Du 15 juin au 28 août, l’artiste montréalais Stanley Février déploiera au sein du MBAM son installation artistique, ou « musée nomade », Musée d’art actuel / Département des invisibles (MAADI). Cette œuvre conceptuelle vise à mettre en lumière des artistes marginalisés, que l’on trouve moins fréquemment dans les institutions culturelles. Février porte en effet un regard critique sur le monde de l’art, lieu de pouvoir, qui fait voir tout autant qu’il invisibilise certains artistes.

Comme l’explique Mme Desmarais, « cette œuvre nous force à regarder en face les lacunes de nos collections muséales, les inégalités au sein des institutions culturelles. Au MBAM, nous ne voulons pas nous contenter de parler, nous voulons agir face à un certain manque d’inclusivité dans nos murs. Bien sûr, il reste encore beaucoup de travail à faire, mais en programmant cette exposition, en mettant de l’avant les artistes extraordinaires rassemblés par Février, dont beaucoup sont basés à Montréal, nous faisons un pas dans la bonne direction ».

Pour terminer, l’exposition collective Vues de l’intérieur. Portraits de l’espace habité ouvrira ses portes le 1er juin, pour une année entière, et touche un thème de grande actualité : l’intérieur, ce lieu devenu synonyme de confinement, pour le meilleur et pour le pire. À travers une soixantaine d’œuvres de la collection du MBAM, d’artistes québécois et canadiens notamment, l’exposition nous fera naviguer à travers différents intérieurs, espaces concrets ou psychologiques, pour nous en révéler les mille et une facettes possibles : lieu de création, d’intimité, de réflexion…

Comme le résume Mary-Dailey Desmarais, cette programmation estivale et les suivantes sont pensées pour accueillir une multiplicité de perspectives et de voix. L’approche, cet été, est contemporaine, mais ne s’y résume pas.

« Oui, cette année, le programme s’annonce très contemporain : nous voulions apporter un regard frais, novateur et vraiment inclusif avec des gestes concrets d’ouverture. Mais le présent dialogue aussi avec le passé dans des œuvres comme celles de Party qui nous invite à regarder autrement les chefs-d’œuvre historiques de la collection. Comment rendre l’art du passé pertinent pour notre contemporanéité ? Comment encourager le public à découvrir de nouvelles histoires dans l’histoire de l’art, à se poser des questions sur les lacunes muséales, sur ces histoires qui ne sont pas racontées ? Voilà les questions que l’on se pose et la programmation de cet été montre notre volonté d’inclure une pluralité de nouveaux regards sur le contemporain et sur l’historique. »

Le reste de la programmation d’été (activités, événements) n’était pas encore dévoilé au moment de mettre sous presse, à l’exception du retour des ateliers de création artistique, traditionnelle ou numérique, pour tous les âges. Mais le Musée prépare des surprises à son public, tant entre ses murs que dans la rue : à surveiller !

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