Sur le radar: trois questions à Eddy Firmin, commissaire d’Art souterrain 2022

L’œuvre «Tout doit disparaître», de Jean-François Boclé
Photo: Festival Art souterrain L’œuvre «Tout doit disparaître», de Jean-François Boclé

L’exposition Art souterrain a pour thématique cette année Voix-voies résilientes, inspirée par les réflexions d’un des commissaires invités, Eddy Firmin. L’artiste et professeur à l’Université Nova Scotia College of Art and Design, à Halifax, a accepté de répondre à nos questions.

L’exposition Art souterrain a pour thème cette année Voix-voies résilientes, inspirée par les réflexions d’un des commissaires invités, Eddy Firmin. L’artiste et professeur à l’Université Nova Scotia College of Art and Design, à Halifax, a accepté de répondre à nos questions.

Le thème Voix-voies résilientes s’inscrit dans la lignée des luttes pour la justice sociale. Si l’art a une réelle incidence, aviez-vous en tête une œuvre qu’il fallait absolument exposer ?

L’art permet de revisiter l’histoire, et l’actualité, avec des approches imprévues et des éclairages inattendus. En soi, il ne désigne rien. C’est l’artiste qui nomme, sculpte, imagine. Sa créativité, son intelligence, son talent font que des œuvres nous sensibilisent… Il m’est impossible de désigner un seul cas, car j’ai pensé ce projet comme un dialogue entre voix/voies autochtones et afro-descendantes. Par exemple, Nadia Myre parle pour ceux qui ne peuvent pas s’exprimer (la terre, l’eau, les animaux, les générations futures) et pointe les lois toxiques qui affectent les Autochtones. On retrouve cette toxicité historique chez Jean-François Boclé ou Richard-Viktor Sainsily, qui évoquent le commerce des corps noirs. Ces trois artistes de différentes latitudes parlent de la continuité des violences.

Vous rendez hommage à Rosie Douglas, un des leaders de la révolte de 1969 dans le campus de l’Université Sir George Williams (maintenant l’Université Concordia), qui cherchait à rassembler communautés autochtones et noires. Comment cela se traduit-il dans Art souterrain ?

Mon projet est de rappeler que sa contribution, ici à Montréal, dépasse l’émeute raciale de 1969. Rosie était en relation avec les leaders de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis et a eu une incidence sur les consciences québécoises. Ce ne sont pas seulement les Afro-Québécois qu’il interpellait. Nègres blancs d’Amérique, de Pierre Vallières, se nourrit de ça. Sean Mills décrit l’apport des voix afro à l’identité québécoise dans Contester l’empire. Pensée postcoloniale et militantisme politique à Montréal, 1963-1972. Mon but n’est pas de traduire le projet de Rosie en « langue des arts », mais d’en proposer un poème visuel et contemporain. Je mets en dialogue des voix et, par effet de miroir, en révèle de nouvelles. Recommencer le monde, le réimaginer, ne jamais cesser de le rêver. Quand je pense à « l’après-Rosie Douglas », je prête attention à ce qui transcende nos différences, à ce qui nous rend des humains animés par de hautes valeurs.

Vous avez sélectionné les œuvres de 15 artistes. Parmi les emplacements de ce parcours de 6 km, y en a-t-il un dont vous êtes particulièrement satisfait ?

Comme je le dis plus haut, il n’y a pas une voix prépondérante. J’apprécie le dialogue entre les œuvres et les artistes. Je souhaite que le public soit attentif et entre en conversation avec les propos et avec les non-dits.

 

Festival Art souterrain

​Dans le réseau piétonnier souterrain de Montréal, jusqu’au 30 juin.

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