Retour à domicile pour deux tableaux de Norval Morrisseau

«Demi-God 2», de Norval Morrisseau
Photo: Confederation College «Demi-God 2», de Norval Morrisseau

Les deux peintures de l’artiste autochtone Norval Morrisseau dérobées au Confederation College de Thunder Bay il y a plus de 40 ans sont finalement revenues au bercail. Une entente à l’amiable a été conclue avec le collectionneur d’art montréalais qui les possédait tout ce temps, sans savoir qu’elles avaient été volées, et qui s’adressait aux tribunaux pour conserver son droit de propriété.

« Je ne pourrais pas être plus heureuse qu’elles aient été retrouvées et ramenées à la maison », a indiqué au Devoir la présidente du Confederation College, Kathleen Lynch. Même si l’enquête n’a pu mener jusqu’aux voleurs, elle estime le « mystère résolu » maintenant que les tableaux ont été restitués.

Selon l’historienne de l’art et professeure à l’Université Carleton Carmen Robertson, c’est une « véritable célébration » que de voir ces œuvres importantes restituées au collège d’arts appliqués. « L’artiste anichinabé jouit d’une réputation internationale, mais ses liens profonds avec l’Ontario et Thunder Bay rendent ce retour particulièrement important », indique-t-elle.

Les œuvres de Norval Morrisseau, intitulées Demi-God Figure 1 et Demi-God Figure 2, ont été volées au Confederation College en 1981 par deux hommes, « habillés en tenue d’agents d’entretien », qui les ont simplement retirés des murs de l’établissement, sans que personne s’inquiète outre mesure à l’époque, d’après Mme Lynch.

Pendant quatre décennies, les tableaux sont restés introuvables jusqu’à ce qu’en 2018, une conservatrice d’art de Toronto les reconnaisse alors qu’un collègue québécois cherchait à les vendre. Depuis tout ce temps, c’est l’avocat et collectionneur montréalais G. George Sand, qui les avait en sa possession.

Il les avait achetés pour la somme de 7 000 $ la même année de leur disparition, dans une petite galerie de Notre-Dame-de-Grâce, aujourd’hui fermée, est-il indiqué dans la requête déposée par M. Sand à la Cour du Québec en septembre 2019.

En apprenant que les peintures avaient été volées et qu’elles appartenaient en fait au Confederation College, M. Sand s’est tourné vers les tribunaux pour demander d’être déclaré « le propriétaire unique, exclusif et absolu des tableaux, les ayant acquis de bonne foi auprès d’une galerie d’art réputée ». Selon les documents de justice, la cause a été réglée à l’amiable le 1er mars 2021.

Le Confederation College a refusé de préciser la nature de l’entente, estimant que ce sont des informations confidentielles. Contacté par Le Devoir, M. Sand s’est dit satisfait de la manière dont cette affaire s’est réglée, sans donner plus de détails. « C’est pour le mieux que les tableaux retournent au Confederation College », a-t-il souligné.

Né en 1931 dans la réserve Sand Point à Beardmore, près de Thunder Bay en Ontario, Norval Morrisseau est considéré comme un pionnier de l’art autochtone contemporain au Canada. Il est à l’origine du style pictographique Woodland, aujourd’hui appelé peinture anichinabée. Ses toiles aux couleurs vives représentent souvent des animaux et des légendes traditionnelles autochtones. L’artiste est décédé en 2007.

Le Confederation College compte organiser prochainement un événement pour souligner la restitution des deux peintures. Elles seront ensuite exposées à la Thunder Bay Art Gallery pour les rendre accessibles au grand public.

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