Ouvrir ses ornières au musée

Dans la série «Disco Angola» (2012) présentée à la Fondation Phi, Stan Douglas croise, au sein de mises en scène réfléchies, le parcours d’un photo-journaliste, les forces émancipatrices du funk et la guerre d’indépendance de l’Angola.
Photo: Stan Douglas Dans la série «Disco Angola» (2012) présentée à la Fondation Phi, Stan Douglas croise, au sein de mises en scène réfléchies, le parcours d’un photo-journaliste, les forces émancipatrices du funk et la guerre d’indépendance de l’Angola.

Au Musée des beaux-arts de Montréal, le Suisse d’origine Nicolas Party a eu carte blanche. En metteur en scène de son exposition, il intègre à ses œuvres certaines des collections du Musée, dont celle d’Ozias Leduc qui donne son titre à l’exposition, L’heure mauve. Avec ses compositions épurées aux couleurs vibrantes, Party en poursuit la tradition symboliste pour aborder nos rapports à la nature, fil conducteur du parcours. La vision de cet érudit de l’histoire de l’art s’incarne aussi dans des murales faites in situ aux pastels et à l’huile. Au MBAM, du 12 février au 16 octobre.

C’est l’élève le plus inspiré d’Ozias Leduc qui attise les passions dans Les énergies latentes. La conservatrice de l’art moderne Anne-Marie Bouchardy honore huit œuvres du peintre Paul-Émile Borduas, un don précieux pour les collections. De la période notoire des années 1950, le corpus dialogue avec des acquisitions récentes (Dominique Blain, Michel Campeau, Nadia Myre, Alain Paiement et Michaëlle Sergile) qui évoquent les forces invisibles dans la nature et chez l’humain. Comme celles du chef des automatistes, et au-delà du noir et du blanc, les œuvres témoignent de désirs d’engagement. Au Musée national des beaux-arts du Québec, du 24 février au 14 avril.

Alors que Rita Letendre, qui nous a quittés en novembre dernier, fut dans les années 1950 aux côtés de Borduas, elle a par la suite vite défini son approche singulière dans des abstractions énergiques, la fameuse période des « Flèches ». Ce corpus phare fait partie de la rétrospective Lignes de force que présente le Musée des beaux-arts de Sherbrooke, dans une exposition mise en circulation par le Musée du Bas-Saint-Laurent. Le survol biographique a inspiré à la chorégraphe bas-laurentienne Soraïda Caron une œuvre qui est montrée en vidéo. Au MBAS, du 27 janvier au 10 avril.

Tandis que des figures clés de l’abstraction québécoises sont célébrées, le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa va aux débuts de la modernité en peinture avec Le Canada et l’impressionnisme. Nouveaux horizons. Alors que le récit habituel veut que les artistes d’ici étaient soumis aux influences européennes, l’exposition démontre leurs contributions particulières, infléchissant une trajectoire propre à un mouvement loin d’être monolithique. Au MBAC, date d’ouverture à confirmer en raison des restrictions sanitaires.

Affirmations noires

Pour corriger la sous-représentation des artistes noirs dans nos institutions, la Fondation Molinari apporte sa contribution avec Unpacking, un solo réservé à l’Africain-Américain Robert Holland Murray (1939-2017). Il a quitté en 1967 un Detroit en proie aux émeutes pour s’établir à Montréal, où il fut un congénère de Molinari à l’Université Concordia. C’est un autre collègue, le peintre David Elliot, qui agit en commissaire de cette expo révélant son travail. Ses sculptures sur bois et installation célèbrent des aspects d’une identité noire tout en critiquant les violences de la discrimination. À la Fondation Molinari, du 3 février au 3 avril.

Le minimalisme auquel on peut relier le travail de Holland Murray est d’ailleurs un héritage revisité par Adam Pendelton, qui aura sa première exposition au Canada, Ce qu’on a fait ensemble. Avec ses installations monumentales arborant du texte au lettrage expressif, le trentenaire basé à New York explore aussi l’art conceptuel, des avant-gardes des années 1960 qui excluaient les réalités noires. Des dessins de son Black Dada, manifeste amorcé en 2008, expriment aussi son activité revendicatrice, autant étudiée que fulgurante. Au MBAM, du 15 mars au 10 juillet.

La Fondation Phi accueille le travail de Stan Douglas, dont le conceptualisme est quant à lui depuis 30 ans associé à la photo de l’École de Vancouver. Dans les deux séries qu’il présente, dont la plus récente Penn Station’s Half Century (2021), il revisite des situations historiques souvent injustes pour les personnes noires, mêlant faits et fiction dans des images complexes, ouvertement construites. Favoriser des lectures tapies dans l’ombre de l’histoire officielle, c’est le crédo de celui qui représente le Canada à la 59e Biennale de Venise.À la Fondation Phi, du 19 février au 22 mai.

Sortir du cadre

L’enseignement à distance donne bien des maux de tête dans le milieu de l’éducation. Le MACLAU se montre ingénieusement solidaire avec Emporiaet les projets concoctés à l’automne 2020 par Bonnie Baxter, Stanley Février,Philippe Hamelin, Kim Kielhofner et Sophie Latouche avec Xavier Brouillette, prof de philo au cégep du Vieux Montréal. Grèce antique à la source, les réflexions menées autour de la marchandisation pourraient se prolonger avec les groupes de littérature et de philosophie du cégep de Saint-Jérôme invités à tenir classe au Musée. Telle une excroissance, le projet de Baxter, The Patch, s’enrichit des performances de 10 artistes venus dans son jardin de tomates à Val-David. Au Musée d’art contemporain des Laurentides, du 27 février au 21 avril.

Une forêt mystérieusement animée attend le public au Musée d’art de Joliette avec la plus récente production de DaveandJenn. Le duo de Calgary, connu pour ses peintures, déploie son univers dans une installation vidéo hautement sensorielle et critique du capitalisme qui favorise les rapports d’exploitation. Les artistes en repèrent les traces dans les natures mortes du XVIIe siècle comme dans le mythe d’Actéon qu’ils revisitent dans leur fable. Au MAJ, du 5 février au 24 avril.

C’est l’expo de groupe Dessiller. S’ouvrir au hors-champ qui s’annonce comme le morceau de résistance du MAJ, avec le travail récent de LornaBauer, de Marie-Claire Blais, de NadègeGrebmeier Forget, d’Alicia Henry, de Tau Lewis, de Michaëlle Sergile et d’Eve Tagny. La conservatrice de l’art contemporain Anne-Marie Saint-Jean Aubreprend l’image du cadre pour expliquer les limites différemment éprouvées par des œuvres revendiquant pour les femmes, au surplus non blanches pour certaines, une place jusqu’ici refusée et dont les pourtours, justement, sont à redéfinir. Au MAJ, du 5 février au 5 mai.

 

Manif d’art 10

Regarder en face les incarnations du faux qui pullulent à notre époque, c’est l’angle prometteur choisi par la Manif d’art 10 qui a pour titre Les illusions sont réelles. Le commissaire invité Steven Matijcio dit puiser dans le réalisme magique pour cette édition de la Biennale de Québec qui réunit quelque 50 artistes provenant de cinq pays. Outre son quartier général établi au MNBAQ, l’événement s’empare avec ses tentacules de la capitale nationale, du 19 février au 24 avril.

 



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