Mort de l’architecte britannique Richard Rogers

Co-créateur du centre Pompidou à Paris, il avait reçu le Prix Pritzker en 2007.
Photo: François Guillot Agence France-Presse Co-créateur du centre Pompidou à Paris, il avait reçu le Prix Pritzker en 2007.

L’architecte britannique Richard Rogers, qui a créé avec Renzo Piano le centre Georges Pompidou de Paris, est mort samedi soir, selon des médias citant un porte-parole et son fils. Il était l’un des pionniers du mouvement « high-tech », qui se distingue par ses structures de verre et d’acier et ses tuyauteries apparentes.

Âgé de 88 ans, lauréat du prix Pritzker en 2007, Richard Rogers « est décédé paisiblement », a déclaré Matthew Freud, président et fondateur de l’agence de communication Freuds, à l’agence de presse britannique PA. Selon le New York Times, son fils Roo Rogers a confirmé son décès, dont la cause n’a pas été précisée.

« Très émus d’apprendre la disparition de Richard Rogers, architecte de génie de notre bâtiment avec son complice Renzo Piano », a réagi sur Twitter le centre Pompidou.

« Immense tristesse », a quant à elle tweeté la maire de Paris Anne Hidalgo, « Richard Rogers était un visionnaire, un architecte, un artiste talentueux, libre et inspirant. Il aimait Paris. À sa famille, à ses proches j’adresse toutes mes condoléances ».

Le critique d’architecture américain Paul Goldberger a déploré une « nouvelle perte immense pour l’architecture en 2021 » et salué sur le réseau social « un homme courtois et un talent formidable ».

Né le 23 juillet 1933 à Florence d’un père médecin et d’une mère ancienne élève du romancier et poète irlandais James Joyce, Richard Rogers fuit Mussolini et s’installe en 1938 en Angleterre. À l’école, « j’étais très en retard », confiait-il au Guardian. « À l’époque, on ne connaissait pas encore la dyslexie. J’étais juste considéré comme un élève stupide ».

Aventurier et un brin voyou, il sert dans l’armée britannique puis intègre miraculeusement l’« Architectural Association School » de Londres, alors connue pour son modernisme. Il achève son diplôme d’architecte à Yale, aux États-Unis, en 1962. Rogers y rencontre Norman Foster. À leur retour en Angleterre en 1964, ils fondent avec Su Rogers (alors l'épouse de Richard), Wendy Cheeseman et Georgie Wolton la « Team 4 », un cabinet reconnu pour ses conceptions architecturales inspirées des technologies.

En 1968, il rencontre Renzo Piano, un Italien qui partage avec lui le souci d’une architecture flexible et anti-monumentale. Ils deviennent amis rapidement et « les deux mauvais garçons » comme ils aimaient s’appeler, remportent en 1971 le concours pour le nouveau musée d’art moderne de Paris, le futur Centre Pompidou. Avec son dédale de tuyauteries aux couleurs primaires et sa grande esplanade ouverte, Beaubourg devient « Notre Dame de la tuyauterie » au moment de son inauguration en 1977.

Les critiques fusent. « Les jeunes architectes sont immensément naïfs. À l’heure actuelle, je ne pourrais rêver à une telle commande », expliquait-il au Guardian. « La presse nous a fait vivre un enfer : en sept ans, nous n’avons eu que deux articles favorables. Je ne sais pas comment on a pu finir ».

Outre le centre Pompidou, il a dessiné le siège de la compagnie d’assurances des Lloyd’s, un ovni architectural inauguré en 1986 dans la City de Londres.

Il a également créé le bâtiment de la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, les bureaux à Berlin sur la Potsdamer Platz, un terminal de l’aéroport international de Barajas à Madrid, le « Three World Trade Center » à New York, ainsi que le « Dôme du millénaire » à Londres, curiosité des festivités de l’an 2000 qui lui valut les foudres du Prince Charles.

Devenu Lord Rogers of Riverside, l’architecte a siégé à partir de 1996 à la chambre des Lords, la chambre haute du Parlement britannique, dans les rangs travaillistes.

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