Le train du MAC temporaire enfin en marche

«Je suis un peu nerveux, mais extrêmement fier d’avoir réussi à faire une exposition avec Forensic Architecture, un groupe de recherche londonien que j’admire depuis si longtemps», indique celui qui est à la tête du MAC, John Zeppetelli.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Je suis un peu nerveux, mais extrêmement fier d’avoir réussi à faire une exposition avec Forensic Architecture, un groupe de recherche londonien que j’admire depuis si longtemps», indique celui qui est à la tête du MAC, John Zeppetelli.

À cinq jours de l’ouverture de Contagion par la terreur du collectif Forensic Architecture (FA), le personnel s’affairait dans les trois salles du Musée d’art contemporain (MAC), tout juste déménagé au rez-de-chaussée de Place Ville-Marie (PVM). Les tâches à faire semblaient nombreuses, malgré le délai serré. « C’est toujours ainsi en montage », rassure le directeur général et conservateur en chef de l’institution muséale, John Zeppetelli.

N’empêche, ce n’est pas un montage comme les autres. Il s’agit du baptême des locaux temporaires que le MAC occupera le temps du vaste chantier qui doit améliorer son édifice de la Place des Arts (PdA). Le service de la médiation culturelle, aussi rapatrié ici, aura pignon sur rue, à l’angle des rues Mansfield et Cathcart, tandis que le 5e étage accueille les bureaux dans un espace ouvert, hormis celui de la direction, aussi animé par un branle-bas lors de notre passage.

« Je suis un peu nerveux, mais extrêmement fier d’avoir réussi à faire une exposition avec FA, un groupe de recherche londonien que j’admire depuis si longtemps », indique celui qui est à la tête des activités du MAC. L’exposition planifiée depuis des années devait se tenir avant le déménagement du MAC ; elle en inaugure finalement les espaces de transition, report qui plaît au directeur, qui y voit l’occasion de « frapper fort avec une expo qui [va] faire parler » pour son actualité — la violence exercée par l’emploi des gouvernements du logiciel malveillant Pegasus — en dépit d’un « lieu beaucoup plus petit qu’avant ».

La pandémie est venue s’ajouter à d’autres obstacles qui ont plongé ces dernières années le MAC dans une valse-hésitation, le forçant à retarder l’amorce de son chantier. « On est super confiants que le train est maintenant parti de la gare », s’enthousiasme M. Zeppetelli qui doit cette avancée à son partenariat avec Ivanhoé Cambridge, propriétaire de PVM, lieu de la relocalisation.

Défis à relever

Pour enclencher les travaux, il fallait surtout déplacer la portion de la collection logée dans les réserves au sous-sol, soit 85 % de ses plus de 8000 œuvres, pour les mettre à l’abri des travaux. Cette opération « monstre », véritable pierre angulaire du projet de rénovation, n’est pas encore achevée, reconnaît le directeur. Il croit toujours possible d’ouvrir au public le MAC bonifié en 2025, bien que la surchauffe immobilière et ses impacts sur le financement et l’échéancier soulèvent d’autres incertitudes.

« On veut absolument revenir à la PdA le plus vite possible. On est très conscients de l’interruption des services que l’on devrait offrir à la population et à l’écosystème artistique », résume John Zeppetelli.

D’ici là, le MAC compte jouer au mieux son rôle, un défi majeur à relever, note le directeur. « On va faire le plus possible avec nos moyens », affirme celui qui anticipe les baisses de revenus liées à la billetterie en raison d’une fréquentation réduite. Comme le plafond des salles est aussi plus bas et que les normes muséales font défaut, certains contenus, telles des peintures ou des œuvres plus fragiles, ne pourront pas non plus être présentés ici.

À quoi peut-on s’attendre, alors ? Il y aura, au printemps, une exposition de l’artiste argentine basée à New York Mika Rottenberg, avec des installations vidéo et le film Remote (2019), en première canadienne. John Zeppetelli espère justement exploiter en continu la salle conçue pour des projections, peut-être avec une offre plus spontanée. Difficile toutefois d’en savoir plus sur la programmation à venir. « Là, pour l’instant, on va attendre un peu que l’on s’installe, mais l’on mijote déjà des projets en complément à la galerie », affirme le directeur encore étourdi par le déménagement, quoiqu’impatient de mieux comprendre ses nouveaux quartiers.

En complément

Le MAC, aime-t-il rappeler, renoue avec PVM, site iconique du centre-ville de Montréal, où il a tenu sa première exposition en 1965. Le contexte porte les traces de cette époque avec des sculptures d’Armand Vaillancourt et de Charles Daudelin qui font partie de la collection du musée d’État. Des atouts du site, selon M. Zeppetelli, qui souligne en particulier la présence sur l’esplanade de l’œuvre de Nicolas Baier, Autoportrait (2012). Propriété d’Ivanhoé Cambridge, elle est fraîchement restaurée.

Du reste, étant donné les espaces d’exposition diminués, le MAC « mettra l’accent ailleurs, y compris sur des offres culturelles hors les murs », tels des spectacles que pourrait accueillir la Place des Arts, allié naturel, comme ce fut le cas dans le passé avec les prestations de l’Islandais Ragnar Kjartansson et du Japonais Ryoji Ikeda.

John Zeppetelli donne aussi en exemple des activités novatrices tenues durant la dernière année, au gré des fermetures, par l’équipe de médiation culturelle qui a rendu visite aux établissements d’enseignement, puis à l’offre en ligne de la série de conférences « Comprendre l’art contemporain » mettant à contribution des spécialistes du milieu.

Pas question non plus de suspendre le développement de la collection. Après un an axé sur « des acquisitions 100 % locales », comme l’énonçait la campagne en soutien aux artistes d’ici fragilisés par la pandémie, c’est le retour des ratios habituels pour les achats, et pour la programmation en devenir. « On est une société d’État vouée à la présentation d’œuvres québécoises, canadiennes et internationales, et presque dans cet ordre-là. Il y a toujours une présence québécoise à l’intérieur de nos murs et on va continuer comme ça », assure celui qui est entré en poste en 2013 avec le mandat entre autres de piloter l’agrandissement du musée.

Alors qu’il se voit au moins « accompagner l’institution jusqu’à la livraison du nouveau bâtiment », il se dit satisfait des succès obtenus jusqu’ici, relevant entre autres les expositions de Rafael Lozano-Hemmer et de Leonard Cohen, deux productions du MAC présentement en tournée à San Francisco.

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