Retour en papier et en personne 

Le galeriste Dominique Toutant, commissaire, et la comédienne Karine Vanasse, porte-parole de la 14e foire Papier, qui se tient du 26 au 28 novembre au Grand Quai du port de Montréal
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le galeriste Dominique Toutant, commissaire, et la comédienne Karine Vanasse, porte-parole de la 14e foire Papier, qui se tient du 26 au 28 novembre au Grand Quai du port de Montréal

Pour une première fois depuis plus de deux ans, estampes, photographies et sérigraphies tapisseront les murs du Grand Quai du port de Montréal dès aujourd’hui, dans le cadre de la 14e édition de Papier. Cette foire d’art contemporain bercera cette année des œuvres au caractère plus intimiste et personnel, pandémie oblige. Tour d’horizon de cet événement tant attendu des collectionneurs, mais qui vise aussi à séduire les simples curieux.

Lieu d’échanges et de discussions, Papier rassemble des dizaines de galeries et donc près de 400 artistes sous un même toit. Le but de cette prolifération d’art contemporain demeure le même depuis 2007 : « Éduquer les gens, développer des passions ainsi qu’une curiosité pour l’art contemporain », détaille le galeriste Dominique Toutant, également membre du conseil d’administration de l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC) qui chapeaute l’événement.

Porte-parole de Papier depuis 2014, mais amoureuse de l’événement depuis plus longtemps encore, Karine Vanasse résume quant à elle la visée de la foire ainsi : « démocratiser l’art contemporain ». La comédienne explique qu’il s’agit « de rendre cet art accessible au plus grand nombre de gens possible et que ça ne soit pas seulement dans des milieux plus clos ».

« C’est vraiment facile avec l’art contemporain de se tenir loin de ça toute sa vie en se disant qu’on n’a pas assez de connaissances et en étant intimidé par ça, ou en ayant l’impression qu’on va avoir l’air un peu idiot, enchaîne-t-elle. Pourtant, c’est comme toutes les autres formes d’art, plus tu en vois et plus tu en consommes, plus ton œil s’affine. »

La volonté de démocratiser cet art vient aussi du besoin de le faire subsister et donc de « développer des collectionneurs. » Plus les années passent depuis la création de l’événement par l’AGAC, plus il y a de passionnés et de curieux, et par le fait même d’acheteurs. C’est d’ailleurs ce qui a permis à Papier de délaisser sa politique d’œuvres uniquement sur support de même nom. Depuis 2019, la foire héberge aussi des sculptures et des peintures.

L’idée de départ était de créer un bassin d’amateurs, et donc de ne pas les effrayer avec des prix exorbitants, souvent plus aisément engendrés par des œuvres se trouvant sur d’autres supports que le papier. La foire livrait de l’art exclusif à ce support, ce qui permettait aux artistes de « présenter leurs œuvres à des prix relativement concurrentiels ». Maintenant que le charme de Papier n’est plus à prouver (48 % des acheteurs en 2020 étaient de nouveaux adeptes), cette crainte a disparu.

Pour le meilleur ou pour le pire

En 2020, Papier a dû faire une volte-face. Alors que sa 13e édition devait avoir lieu pour une seconde année à l’ex-jetée Alexandra, la pandémie a obligé la foire à se déplacer sur la Toile, comme bon nombre d’événements. Selon Dominique Toutant, cette formule fait désormais « partie des acquis de la pandémie », que ce soit pour le meilleur ou pour le pire.

« Que la version numérique demeure, c’est bien », juge Karine Vanasse. Ça va de pair avec le mandat de Papier de rendre l’art contemporain plus accessible. On y perd toutefois d’importantes subtilités, tels que le format et la texture de l’œuvre, ou encore l’ambiance. « Être seul devant son écran ou plutôt côtoyer des gens qui vivent l’expérience en même temps que toi, ça change les choses », explique la porte-parole. Elle exemplifie : « Voir une personne s’arrêter devant une œuvre suscite une curiosité, on se demande ce que cette personne-là a vu. »

Pour le directeur de la galerie Blouin-Division, Dominique Toutant, il est indéniable que le site Web est un apport à la formule déjà existante. C’est d’ailleurs ce qui a permis à l’événement d’amasser 700 000 dollars l’an passé, malgré l’impossibilité d’être ouvert au public. Cela dit, il y a des inconvénients.

« [La version numérique] est un succès qui est vraiment lié aux artistes déjà connus. Quand on connaît un artiste, on peut trouver ce qu’on veut, parce qu’on sait déjà qui on cherche. Mais quand arrive le temps de flirter, de fouiller, de trouver, juste par le hasard des choses… Eh bien, le Web est plus ou moins favorable à ça », détaille celui dont la galerie participe à la foire cette année.

Reflet de la pandémie

Lorsqu’on leur demande si les œuvres se ressemblent d’une quelconque façon due à une démarche plus intimiste au cours de la pandémie, Karine Vanasse et Dominique Toutant possèdent des opinions divergentes. Alors que cela semble une évidence pour la première, le galeriste ne pense pas pouvoir dégager une mouvance de l’ensemble de l’exposition, bien qu’il admette lui-même représenter un artiste dont la démarche a pris une tournure très personnelle au cours de la pandémie.

Selon Karine Vanasse, les œuvres reflètent ce que les gens ont ressenti et vécu au cours des dernières années. La plus grande distinction se trouve quant à elle dans l’affirmation des thématiques choisies : « Il y a bien des thèmes qu’on aurait abordés avec un peu plus d’hésitation, tandis que là, maintenant, on se dit que tant qu’à parler de tout, on va parler de tout pour vrai. Il n’y a plus de demi-mesures. » Alors que tous ont le mot « censure » au bout des lèvres, la comédienne suggère qu’en art contemporain, celle-ci n’est pas au goût du jour.

Et avec une voix qui laisse entendre sans gêne une excitation pour l’exposition à paraître, Karine Vanasse conclut : « De sentir une époque à travers le travail d’un artiste, c’est une chose. Mais de sentir l’impact et le regard actuel des artistes sur la société, tous en même temps… Il y a quelque chose qui se dessine comme une évidence. »

Une évidence qu’il sera possible d’observer du 26 au 28 novembre au Grand Quai du port de Montréal, ou encore sur la Toile.

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