Sur le radar: un art en continuelle transformation

Vue de la Biennale internationale d’art numérique 2021, avec au premier plan «I.C.U (Intensive Care Unit)» de Bill Vorn
Photo: Christian Pomerleau GRIDSPACE Vue de la Biennale internationale d’art numérique 2021, avec au premier plan «I.C.U (Intensive Care Unit)» de Bill Vorn

Ces jours-ci, l’Arsenal, le centre d’art contemporain, a des allures de plateau de tournage pour films de science-fiction. Il a été transfiguré en une sorte d’antre mystérieux et sombre, investi d’expériences à la fois technologiques et artistiques. Un monde ayant des allures postapocalyptiques. C’est la 5e Biennale internationale d’art numérique élaborée par l’organisme Elektra qui vient de débuter.

Cette année, l’Asie de l’Est est à l’honneur avec, par exemple, l’installation immersive Unfold de l’artiste japonais Ryoichi Kurokawa. Celui-ci nous fait littéralement tressaillir — le sol bouge en interaction avec les images et les sons — devant l’immense spectacle de la transformation des gaz de l’univers céleste en étincelantes étoiles. Une œuvre réalisée grâce à des données fournies par la NASA et l’Agence spatiale européenne.

À l’Arsenal, la commissaire invitée, la Sud-Coréenne DooEun Choi, a réuni 18 œuvres autour du thème de la métamorphose, un thème qui permet entre autres de traiter des transformations que vivent nos sociétés.

Qui d’autre doit-on y remarquer ?

Après les meubles qu’on monte soi-même, les caisses libre-service dans les magasins, les médias sociaux où le contenu est fabriqué par les usagers qui sont devenus des employés non rémunérés, voici que le temps est peut-être venu pour l’automédicalisation. C’est en tout cas le sujet d’une œuvre de l’artiste Ahreum Lee intituléeI + Care, parodie angoissante d’un IKEA nouveau genre où on pourrait acheter des trousses pour s’autosoigner. Finies la recherche d’un médecin de famille et les longues heures d’attente à l’hôpital. Vous pourrez bientôt vous autoguérir. Imaginez les économies que l’État pourrait réaliser !

Grâce à une machine et un à logiciel qui suivent le rythme des marées, Michel de Broin a élaboré une œuvre qui recrée la construction et l’effondrement d’un château de sable. Présentée pour la première fois à Montréal, cette machine surprenante fut dévoilée en 2015 à Toronto dans les locaux du BMO Project Space, situés en haut d’un gratte-ciel. Une œuvre qui semble nous dire que les technologies, quelles qu’elles soient, sont toujours dépassées un jour, toujours dans un processus d’obsolescence — programmée ou pas — qui est totalement inévitable.

La vidéo LifeFORM d’Herman Kolgen nous plonge dans un espace où l’humain semble bombardé d’informations. Pour absorber tout cela, faudra-t-il devenir comme des éponges, adopter une position insoutenable de continuelle adaptabilité ?

Et il faudra aussi explorer la salleI.C.U. (Intensive Care Unit) de Bill Vorn, le portail Liminal de Louis-Philippe Rondeau, la machine Prosperity II de Samuel St-Aubin, dispositif qui ordonne des grains de riz d’une manière digne de l’art minimal… 

METAMORPHOSIS

5e Biennale internationale d’art numérique. À l’Arsenal art contemporain, à Montréal, jusqu’au 2 janvier.

À voir en vidéo