Le pain, une tranche (d’histoire) à la fois

Catherine Lefebvre Collaboration spéciale
Un groupe d’enfants visitant la boulangerie industrielle Le Pain moderne canadien vers 1957
Photo: Fonds Studio O. Allard photographes incorporée, Bibliothèque et Archives nationales du Québec Un groupe d’enfants visitant la boulangerie industrielle Le Pain moderne canadien vers 1957

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Du pain maison au pain industriel, en passant par les petites et grandes boulangeries de quartier, le pain fait incontestablement partie de notre tradition culinaire, ainsi que de l’histoire de Montréal. L’exposition Tranches d’histoire. Pain et boulangeries à Montréal, présentée par l’Écomusée du fier monde, relate l’histoire de la boulangerie de la métropole.

De la ménagère à l’ère industrielle

Depuis plusieurs années, l’Écomusée du fier monde, rue Atateken à Montréal, s’intéresse à la transformation alimentaire. Les produits laitiers, les confitures et les marinades, ainsi que la biscuiterie Viau ont fait l’objet d’expositions dans ce musée du quartier Centre-Sud. Pas étonnant que le pain soit en vedette dans leur nouvelle exposition, qui présente l’évolution de la boulangerie à Montréal au fil des deux derniers siècles.

« Lorsqu’on regarde l’inventaire des traces du patrimoine industriel dans le quartier, le tiers des établissements étaient voués à la boulangerie, explique Éric Giroux, directeur et responsable de la recherche et des collections à l’Écomusée du fier monde. Et on s’est rendu compte que l’industrie de la boulangerie était très présente dans les années 1890. Il y avait une vingtaine de boulangeries actives dans le quartier. » Après quoi, le boom industriel a complètement changé le visage de cette industrie.

« Il y a une certaine richesse au niveau de l’iconographie en lien avec le secteur de la boulangerie de l’époque », ajoute-t-il. Au fil de l’exposition, on voit bien le changement du rapport entre le pain maison et le pain industriel. Dans la première partie de Tranches d’histoire, on présente la ménagère et le rituel de la préparation du pain maison et de toute la représentation culturelle qui l’accompagne.

Lorsqu’on regarde l’inventaire des traces du patrimoine industriel dans le quartier Centre-Sud, le tiers des établissements étaient voués à la boulangerie

 

Puis, au début du XXe siècle, la Première Guerre mondiale bouleverse le monde entier, ainsi que l’industrie alimentaire canadienne. Pour les Canadiens restés au pays, une des façons de contribuer à l’effort de guerre est de fournir des denrées aux soldats et aux civils britanniques. « Les grandes minoteries canadiennes ont augmenté leur capacité de production pour exporter [la farine de blé surtout], précise Éric Giroux. Après le conflit, ils ont commencé à faire l’acquisition de petites boulangeries, comme Pride of Montreal aujourd’hui connue sous la marque POM. »

Une partie des consommateurs commencent alors à délaisser le pain maison et préfère l’acheter tout fait à l’épicerie. Ce nouveau marché aidera les grandes minoteries à écouler leurs réserves de farine, malgré la chute de la demande après la Première Guerre mondiale. Et pour les ménagères qui continuent de préparer la plupart des aliments à la maison, les minoteries développent elles-mêmes des livres de recettes pour encourager l’utilisation de la farine à toutes les sauces.

Photo: Société historique de Saint-Henri M. Gilbert de la compagnie James Strachan Limited, distributeur des pains et des gâteaux Idéal au square Sir-George-Étienne-Cartier à Saint-Henri en 1939

Ce faisant, la transformation de l’industrie de la boulangerie poursuit sa lancée dans les années suivantes, comme en témoigne la publicité pour le « Pain moderne », parue dans Le Devoir le 3 juin 1930 que l’on peut voir pendant l’exposition : « Grâce à l’emploi de machines ultramodernes, pas une main humaine ne touchera le pain ni aucun de ses ingrédients […] Quel progrès ! Quelle amélioration remarquable sur l’antique méthode si peu sanitaire de la manipulation du pain à la main ! »

D’une décennie à l’autre, les avancements technologiques, tant en ce qui touche à la préparation qu’à la conservation du pain, se taillent une place de choix dans l’industrie de la boulangerie au Québec et ailleurs dans le monde. Depuis les dernières années, toutefois, on observe une renaissance soutenue des boulangeries artisanales.

Le retour du balancier

Visiblement, le rôle du boulanger d’antan retrouve ses lettres de noblesse. Celui qui ne craint pas de revenir en arrière et de manipuler le pain avec ses deux mains retrouve pignon sur rue un peu partout au Québec.

À ce sujet, l’exposition se termine par une entrevue vidéo avec Bertrand Gaumer, ex-ingénieur, maintenant artisan-boulanger à la barre de la boulangerie Pain à Tartine située à quelques pas de l’Économusée du fier monde, au 1271, rue Ontario Est. Dans cette section de l’exposition, on le voit en images, en train de faire du pain dans sa boulangerie, où il n’utilise que des farines biologiques du Québec. Et il n’est pas le seul à adopter de telles pratiques !

Sa boulangerie, comme celle d’autres artisans, contribue à la renaissance de la boulangerie de quartier, de ruelle même, une boulangerie de proximité.

L’exposition Tranches d’histoire. Pain et boulangeries à Montréal est présentée à l’Écomusée du fier monde jusqu’au 6 mars 2022. 

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