Hangar 7826, la galerie de ruelle

Gilles Tarabiscuité, propriétaire des lieux et instigateur du projet Hangar 7826, et Laurent Vernet, commissaire du triple programme intitulé «S’agiter»
Photo: Adil Boukind Le Devoir Gilles Tarabiscuité, propriétaire des lieux et instigateur du projet Hangar 7826, et Laurent Vernet, commissaire du triple programme intitulé «S’agiter»

Toute bonne ruelle montréalaise possède son… ses hangars. Mais une seule d’entre elles, dans Villeray, peut prétendre abriter LE hangar. Plus précisément Hangar 7826, nom de la dernière des microgaleries. Et pour sa cinquième exposition, le diffuseur se professionnalise : trois artistes se succéderont jusqu’à la fin janvier sous l’œil avisé d’un commissaire. Rendez-vous quelque part entre les rues Saint-Gérard et Foucher.

Inauguré dans l’anonymat du printemps 2021, l’endroit se démarque de tous ses semblables faits de béton et de tôle. Il n’est pas l’habituelle extension du domaine privé. Il a en somme pignon sur ruelle. Si jamais la porte, largement vitrée, est fermée, le curieux qui s’en approche peut visiter des yeux.

Le propriétaire du hangar (et du triplex derrière) depuis une dizaine d’années n’a pas modifié la disposition du lieu. La nouvelle porte correspond, dit Gilles Tarabiscuité (de son nom d’artiste), au « trou qu’il y avait là ». « Le hangar était pourri, le toit coulait », se souvient-il, pas peu fier de l’élégante transformation à laquelle il est parvenu.

C’est lui qui a tout fait, sans effort financier — « des broutilles » — et sous l’aval d’un permis municipal pour atelier d’artiste. « Dans les années 1990, jamais je n’aurais eu un permis. On m’aurait donné une subvention pour démolir le truc », croit-il.

Il a sans doute tiré profit d’un contexte plus conciliant, même si l’enjeu des ateliers demeure problématique. L’artiste et enseignant au cégep croit avoir aussi bénéficié du vaste courant des petites solutions, tel que les micromaisons (tiny living) ou, dans le monde l’art, les galeries de poche.

Gilles Tarabiscuité assure ne pas prétendre diriger une galerie. Il ne fait que prêter son atelier. Son projet était de se doter d’un lieu d’exposition, mais ne découle pas d’un geste de rébellion, même après avoir envoyé son dossier, sans succès, à une centaine de galeries.

S’agiter là, maintenant

L’historien de l’art Laurent Vernet, connu pour son expertise en art public, est ravi d’avoir découvert Hangar 7826. C’est lui qui signe le triple programme intitulé S’agiter. Celui-ci, qui s’étend de novembre à la fin janvier, propose tour à tour des projets d’Emmanuel Galland, de Sayeh Sarfaraz et de Michael Patten.

« Emmanuel et moi voulions faire quelque chose. On ne savait pas quoi, on ne savait pas où, explique-t-il. Il y avait urgence. S’agiter parle de ça : t’es à la maison, t’es confiné, t’es agité et tu veux faire quelque chose. »

L’apparition dans leur horizon de Hangar 7826 a répondu à ce besoin de « passer à l’acte sans attendre deux ans ». Le projet de Galland, Mes Dates/Close Friends, réunit une collection de « prénoms masculins » captés sur Internet. Une collection qui « commençait à prendre de l’ampleur », confie le commissaire de l’exposition. Celui de Sarfaraz, Chemin faisant, rassemblera une multitude de dessins compulsifs qui relient la tradition des miniatures persanes à l’actualité du Moyen-Orient. Enfin, de Patten, #Latergram sera le résultat d’un tri d’un « millier d’images ».

« Mike [Patten] a le souci de produire et de diffuser [sur Instagram] presque immédiatement. Ce double pôle m’intéressait, dit Laurent Vernet. Il ne s’agit pas seulement de prendre une photo, mais de la diffuser aussi, sans attendre. »

L’ex-employé du Bureau d’art public de la Ville de Montréal aime ce qui « sort des institutions ». Hangar 7826 permet d’assouvir son souhait de rencontrer les gens dans leur quotidien et de poursuivre ses recherches sur le rapprochement inattendu « entre art contemporain et M. et Mme Tout-le-Monde ».

Tout comme Gilles Tarabiscuité, Laurent Vernet ne croit pas qu’exposer dans des lieux alternatifs signifie faire la guerre au réseau de diffuseurs établis. « C’est le fun d’écrire un chapitre dans un livre, c’est le fun aussi d’écrire un article qui se retrouve rapidement sur Internet, dit-il. C’est ce que Hangar permet : agir oui, en réfléchissant, mais de manière intuitive. »

Gilles Tarabiscuité ne sait pas comment toutes ces expositions intuitives et hétérogènes transformeront son ancien hangar pourri. Jusque-là, il en a confié les clés tant à une finissante en arts de l’UQAM qu’aux enfants de la ruelle, qui ont exposé des « abstractions ». Il a aussi accueilli un ami, Alain Néron, « qui travaille depuis 15 ans dans son atelier, caché dans un sous-sol d’église, sans que personne sache ce qu’il fait »,

L’ami Alain aura été important pour Hangar 7826 : pendant l’été, il a instauré comme horaire de visites, « samedi et dimanche, de 15 h à 17 h ». Laurent Vernet et ses artistes l’ont adopté. Cela plaît au propriétaire. Pour le moment. Mais à quoi rêve-t-il, sinon ?

« J’aimerais voir quelque chose qui explose, qui essaie de sortir, une chose fofolle. Un truc dont tu te demandes comment le faire rentrer, comment le faire sortir. » Avis aux intéressés.

 

S’agiter

Avec les oeuvres d’Emmanuel Galland, de Sayeh Sarfaraz, de Michael Patten, jusqu’en janvier.

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