La peintre Rita Letendre s’éteint

Rita Letendre faisait partie d’un petit groupe de femmes artistes qui a su s’imposer dans le monde des arts visuels, à une époque où la place des femmes n’y était pas garantie.
Photo: Musée national des beaux-arts du Québec Rita Letendre faisait partie d’un petit groupe de femmes artistes qui a su s’imposer dans le monde des arts visuels, à une époque où la place des femmes n’y était pas garantie.

Femme forte et esprit libre, l’artiste peintre Rita Letendre s’est éteinte à Toronto, samedi 20 novembre, à 93 ans, des suites d’une longue maladie. Seulement au cours de la dernière année, l’artiste avait fait l'objet de deux expositions, une solo, présentement à la maison Hamel-Bruneau de Québec, et l'autre, collective, à Baie Saint-Paul cet été. Quatre de ses œuvres sont présentement en vedette chez BYDealers.

« C’est triste qu’elle n’ait pas pu voir ça », disait hier son fils unique, Jacques Letendre. Reste que Rita Letendre a connu énormément de succès comme peintre tout au long de sa carrière.

Née à Drummondville, en 1928, Rita Letendre a fait partie de la mouvance des automatistes québécois, même si elle était trop jeune pour être signatairede Refus global. C’est à l’École des beaux-arts de Montréal qu’elle a rencontré Paul-Émile Borduas. « Aussitôt après la publication de Refus global, Borduas l’avait prise sous son aile », raconte son galeriste, Simon Blais.

Dès le milieu des années 1950 d’ailleurs, Rita Letendre eut droit à des expositions individuelles.

Photo: Galerie Simon Blais Rita Letendre, «Now», 1967

« Elle a pu vivre de sa peinture presque depuis le début, poursuit son fils Jacques Letendre, qui a, quant à lui, été élevé par ses grands-parents. Elle ne voulait absolument pas faire quoi que ce soit d’autre. Quand elle vendait un tableau, elle prenait un peu d’argent pour s’acheter de la nourritureet le reste pour s’acheter de la peinture. Un jour, je lui ai demandé pourquoi ses premiers tableaux étaient plus sombres, alors qu’il y avait davantage de lumière dans les suivants. Elle m’a répondu “le rouge et le jaune coûtent tellement cher, il a fallu que j’attende d’avoir de l’argent”. »

Comme une Marcelle Ferron ou une Françoise Sullivan, Rita Letendre faisait partie d’un petit groupe de femmes artistes qui a su s’imposer dans le monde des arts visuels, à une époque où la place des femmes n’y était pas garantie.

La lumière

« Tout tournait autour de la lumière »,poursuit Simon Blais, au sujet de l’œuvre de Rita Letendre. Après avoir débuté au chevalet, Rita Letendre a beaucoup exploité la peintre à l’aérosol, pour revenir à la peinture au chevalet durant les années 1980. « Le retour à la peinture au chevalet à l’huile appliquée au pinceau, à la fin des années 1980, la verra produire un ensemble de toiles et de dessins au pastel d’une grande singularité, sorte de retour à la peinture qui avait fait sa réputation dans les années 1960, avec la maturité d’une artiste de carrière internationale », lit-on dans l’avis de décès que lui consacre la galerie Simon Blais.

À Toronto, où elle a vécu avec son mari, le sculpteur israélien Kosso Eloul, Rita Letendre réalise plusieurs murales. Sur le plafond de la station de métro Glencairn, elle réalise l’œuvre Joy, un vitrail de 55 mètres de long peint à l’aérosol. Elle peint également le mur d’une université à Los Angeles.

À Toronto, le couple Letendre et Eloul est au centre de la vie artistique, souligne Simon Blais. En 2004, après la mort de son mari, Rita Letendre tente un retour au Québec, avant de retourner s’installer à Toronto, où elle a vécu ses derniers jours.

Souffrant de graves problèmes de vue, Rita Letendre a continué de peindre autant qu’elle l’a pu, jusqu’en 2015 environ, « Elle avait la mémoire du geste », se souvient Simon Blais.

D’origine abénaquise par sa grand-mère, Rita Letendre ne s’est jamais beaucoup réclamée de son identité autochtone. « Elle se définissait comme une artiste et n’aimait pas être cataloguée », dit son fils.



La version originale de cet article mentionnait la tenue d'expositions à Rimouski dans la dernière année. Des expositions ont plutôt eu lieu à Québec et Baie Saint-Paul.

 

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