Sur le radar: paysages postfordistes

Vue de l’exposition Silent Songs, de Jérôme Nadeau
Jean-Michael Seminaro Vue de l’exposition Silent Songs, de Jérôme Nadeau

Trois propositions à la teneur et au format variés qui ont pour fil conducteur le paysage à l’ère postfordiste.

A Vacuum in Front that Sucks it Forward. Exposer sans dépendre des comités de programmation, c’est le credo des jeunes Philippe Bourdeau et Paul Nadeau, respectivement commissaire et artiste. Leur projet tient dans un local commercial, une enviable vitrine dans Mile End, cédé pour quelques semaines par les propriétaires contre un grand ménage. Une douzaine de peintures donnent vie à un road trip désenchanté, des fragments de paysages inspirés par l’Ouest canadien, celui des activités touristiques et minières. Hardie et spontanée, mais sans déroger aux codes, leur proposition formule aussi le souhait de partager avec les suivants l’espace retapé d’arrache-pied.

173, rue Bernard Ouest,
du jeudi au dimanche, 12 h-18 h, jusqu’au 5 décembre.

A. Conveyor.Chris Boyne est quant à lui parti sur les traces de l’Atlantic Conveyor, jusqu’à la ville d’Alang, en Inde, cimetière où finissent d’autres navires en son genre, ces porte-conteneurs transportant nos marchandises. Intense, leur trafic nous est pourtant invisible. Le natif d’Halifax les a souvent vus partir au large, et en particulier le navire ciblé par sa quête obsessive. Au Belgo, au cœur du centre d’artistes Skol, trône, quasi seule, une pièce mécanique, telle une preuve rapportée du chantier de démantèlement. Au mur, les mots trafiqués d’un avertissement de sécurité évoquent le sort des ouvriers impliqués, faisant chavirer dans l’émotion ce travail pourtant si conceptuel.

Skol, 372, rue Sainte-Catherine O., local 314, jusqu’au 11 décembre.

Silent Songs. Les pérégrinations de Jérôme Nadeau s’incarnent dans les images trouvées — souvent sur le Net — qu’il accumule, manipule et imprime sur toile, jusqu’à faire oublier leur provenance, leur nature première. Il en retient, pour ce deuxième solo chez son galeriste Nicolas Robert, quatre œuvres sobres et majestueuses, les plus abouties à ce jour. Leurs motifs réticulaires et tramés font jaillir des correspondances visuelles infinies entre les mondes végétal et informatique, telles des connexions secrètes entre biologie, neuroscience et intelligence artificielle. Poteaux de fils électriques et œuvres miniatures agissent en contrepoint dans un tout sensible comme parfaitement maîtrisé qui se dévoile jusque dans le détail d’une affichette avec sa photo argentique noir et blanc. La branche captée par l’artiste dans ses débuts, sur les rives du paysage de son enfance près de l’île d’Orléans, trouve sa raison d’être au sein de ce qui, aussi, tend à faire cosmogonie.

Galerie Nicolas Robert, 10, rue King, jusqu’au 27 novembre.

À voir en vidéo