Entre expositions et manipulations à Québec

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
Au MNBAQ, les visiteurs, petits et grands, pourront parcourir l’exposition Les presqu’îles, regroupant des œuvres dont les mouvements et textures évoquent une promenade sur la grève.
Photo: Denis Legendre Au MNBAQ, les visiteurs, petits et grands, pourront parcourir l’exposition Les presqu’îles, regroupant des œuvres dont les mouvements et textures évoquent une promenade sur la grève.

Ce texte fait partie du cahier spécial Noël au musée

Le Musée de la civilisation de Québec et le Musée national des beaux-arts du Québec dévoilent une programmation comportant des expositions et des ateliers qui plairont à tous.

Merde (ou marde, en version québécoise), selles, excréments, fèces, et, plus prosaïquement, crotte ou caca : donnez-lui le nom que vous voulez, ce champ lexical renvoie à la même réalité — nos matières fécales — et au vague sentiment de gêne qui accompagne son évocation. Pourtant, quoi de plus naturel ?

Démystifier le tabou de nos déjections intimes : c’est ce à quoi s’emploie l’exposition Ô merde !, présentée au Musée de la civilisation de Québec (MCQ) jusqu’au 26 mars 2023. Sans tourner autour du pot, elle aborde le sujet de front en étudiant dans un angle sociétal et anthropologique le lien que nous entretenons avec nos excréments. Car ce lien a bigrement changé depuis l’âge du bronze. La preuve : ces toilettes collectives, sous l’Empire romain, qui donnaient l’occasion de socialiser tout en se soulageant en société. « Cette intimité collective peut nous surprendre, car, aujourd’hui, l’intimité est une notion individuelle », souligne Coline Niess, chargée de projets d’expositions au MCQ. Pots de chambre en faïence, chaises percées, premières toilettes individuelles et domestiques, latrines publiques : la collection passe en revue l’appareillage mis à la disposition de nos besoins les plus intimes à travers l’histoire et les cultures.

Mon caca vaut de l’or !

L’exposition pousse le bouchon beaucoup plus loin en réhabilitant la crotte dans l’aperception personnelle jusqu’aux tréfonds de l’économie circulaire. En effet, l’aversion que nous éprouvons tous aujourd’hui à l’égard du produit de cette fonction organique nous prive, hélas, de tirer tout le parti qu’elle nous offre à l’infini : une inépuisable source d’énergie et un incroyable fertilisant naturel. Avec un humour qui ne cède rien à la rigueur scientifique, on y démontre que nous aurions tout à gagner à nous pencher un peu plus sur l’« or brun » que représentent nos excréments plutôt qu’à lever le nez sur nos déchets organiques. « La gestion de nos matières fécales est un enjeu écologique, mais aussi économique », dit Coline Niess. Surconsommation d’eau potable (dix litres par chasse d’eau), drainage des eaux usées dans le fleuve ou les rivières : le manque de gestion de l’épuration peut causer de gros problèmes de pollution, et pas seulement en Inde ou en Afrique. L’exposition s’achève sur une lueur d’espoir avec la zone de valorisation des selles, qui explique le procédé de biométhanisation, source d’énergie et d’engrais aux vertus avérées (le fumain). Une solution qui permettrait, si on l’adoptait, de réintroduire la merde dans le cycle de l’écologie. L’humain est-il la parfaite usine à compost ? Méchant coup de bol, quand on y pense !

Pendant le temps des Fêtes (du 26 décembre 2021 au 2 janvier 2022) : le spectacle Un banquet au royaume de la crotte, ou comment transformer le caca en or (de 12 h 30 à 14 h) ; des ateliers de décoration de biscuits animés par le roi Omer (de 12 h à 15 h) ; et des ateliers numériques d’animation 2D visant la création d’un décor thématique, donnés en collaboration avec le MLab Creaform (de 10 h 30 à 16 h 15). Aussi au programme : le Caca quiz, pour vérifier ses connaissances sur cette épineuse question (de 10 h à 17 h). Informations et réservation sur le site Web du musée

Des œuvres contemporaines aux couleurs du hockey

Fidèle à la tradition, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) conçoit ses activités du temps des Fêtes à partir de son exposition vedette. Cette année, c’est la rétrospective Lemoyne. Hors jeu, à l’affiche depuis cet automne, qui sert de thématique à une série d’ateliers créatifs. Connu pour ses happenings et son style engagé, l’artiste peintre entretenait avec les enfants un lien particulier, les invitant à créer dans le cadre d’événements festifs notamment dans sa maison d’Acton Vale, dont le décor servait autant d’atelier que de salle d’exposition réinventés. La dimension ludique infiltre d’ailleurs souvent son art pictural, notamment avec ses nombreuses références au hockey, dont il nourrit sa période Bleu-blanc-rouge (aux couleurs des Canadiens) et sa Période supplémentaire. En guise d’hommage, le MNBAQ organisera un match de hockey bottine sur le parvis central du bâtiment (les 29 et 30 décembre, de 13 h à 16 h), afin de redonner à cette prestation artistique la part de jeu qui lui revient. « C’est une belle occasion de démocratiser l’accès au musée, et de le rendre drôle et accessible, même s’il se trouve sur un site historique grandiose », dit Marie-Hélène Audet, coordonnatrice de la médiation au MNBAQ.

Durant la période des Fêtes, le musée propose également dans sa nouvelle Galerie famille l’exposition Les presqu’îles, signée Camille Bernard-Gravel, l’artiste qui sublime la nature avec ses œuvres multidisciplinaires : installations, sculptures et vidéos. « Cette exposition illustre la magie inspirée par les phénomènes naturels avec plusieurs manipulations qui plairont aux enfants ; kaléidoscopes, casse-tête, etc. », résume Marie-Hélène Audet. Les visiteurs actionnent des dispositifs représentant des vagues, du vent et de la lumière, activés ou non par des détecteurs de mouvement, créant ainsi un univers en mouvement, au croisement de l’art et de la technologie. Jusqu’au 16 octobre 2022.

Enfin, l’art inuit est à l’honneur avec l’exposition Univers inuit, issue de la collection de Raymond Brousseau, que celui-ci a cédée au musée en 2005. L’artiste contemporain Manasie Akpaliapik, originaire de l’île de Baffin, au Nunavut, signe cette magnifique exploration de la nordicité rassemblant une quarantaine de sculptures grand format forgées dans la pierre, mais aussi dans des os de baleine, des bois de caribou et de l’ivoire de morse ou de narval. C’est tout l’univers mystique du Grand Nord qui se dévoile à travers ces œuvres monumentales. Jusqu’au 12 février 2023.

Pendant le temps des Fêtes (du 26 décembre au 2 janvier) : ateliers de création de cartes de souhaits inspirées par l’œuvre de Serge Lemoyne (du 13 au 20 novembre et les 4, 11 et 18 décembre 2021, de 11 h à 12 h 15). Ateliers de création de bannières festives (du 26 décembre 2021 au 9 janvier 2022, sauf le 31 décembre et le 1er janvier). Informations et réservation sur le site Web du musée

À voir en vidéo