Sur le radar: trois questions à Luther Konadu

Luther Konadu 
Photo: Galerie SBC Luther Konadu 

Votre installation, Portraiture en gestuelles, est un patchwork très construit de photos de jeunes Noirs et d’images de textes qui font référence au genre du documentaire, mais sans vraiment en être un… pourquoi cette tension ? Notre idée du monde serait-elle une construction qui n’est pas toujours vraie ?

La photographie documentaire a toujours été axée sur l’objectivité et la présentation des choses, des lieux, des communautés tels qu’ils seraient, sans aucune médiation. J’utilise cette façon de faire pour parler plus largement de la manière dont les représentations à travers les photographies sont toujours une version partielle ou une réduction de la façon dont les choses sont ou existent réellement. Je pense que parce que nous vivons dans un monde saturé d’images, il est facile que notre compréhension du monde soit influencée par celles-ci. Et cela peut être problématique.

Pourquoi travaillez-vous avec des répétitions et des variations subtiles d’images ?

Je veux qu’en regardant mes images, les spectateurs n’en croient pas leurs yeux ou devinent un peu comment ils comprennent les images. C’est ma façon de ralentir le processus d’assimilation des images et leur relation les unes avec les autres. Plus important, je considère mon projet photo comme un processus en devenir, un moyen de faire des portraits en continu, à travers le temps et non grâce à des images limitées à un instant précis. Donc, une image ne suffit pas, elle doit s’ajouter à d’autres images.

Vos photos parlent-elles de l’échec de l’image à transformer véritablement la société ?

Oui, je tiens à souligner que les photographies ne font pas ce que nous pensons qu’elles font. En raison de la façon dont les photographies imitent directement et apparemment la réalité, il est facile d’accepter comme vrai ou factuel ce que nous y voyons et de simplement passer à l’image suivante ou de décider que ce que nous y voyons est l’entière réalité. J’aime montrer des photographies comme des captations insuffisantes de la réalité ou de nos expériences de vie. Elles apparaîtront toujours comme une infime fraction de quelque chose de plus complexe et en mouvement. 

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