Repenser un après John A. Macdonald

L’idée de ce concours est venue du professeur d’histoire de l’art de l’Université Concordia, Ronald Rudin, qui est aussi membre d’un groupe de travail interuniversitaire et multidisciplinaire qui s’est penché sur le sujet.
Photo: Adil Boukind Le Devoir L’idée de ce concours est venue du professeur d’histoire de l’art de l’Université Concordia, Ronald Rudin, qui est aussi membre d’un groupe de travail interuniversitaire et multidisciplinaire qui s’est penché sur le sujet.

Étudiants, artistes, architectes et designers sont invités à inventer une œuvre d’art éphémère pour le socle qui abritait la statue de l’ancien premier ministre du Canada John A. Macdonald, vandalisée l’année dernière et entreposée depuis l’été 2020 par la Ville de Montréal. L’exploitation de ce site, situé sur la Place du Canada, dans le centre-ville de Montréal, est en effet le thème de la Charrette, soit le concours de création organisépar le Centre canadien d’architecture (CCA).

Le projet devra « remettre en question l’idée de permanence de l’art public » et « porter sur l’héritage de Macdonald en particulier ou sur des problèmes liés à la justice raciale en général », peut-on lire dans le texte descriptif de cette édition spéciale de la Charrette.

L’idée de ce concours est venue du professeur émérite au Département d’histoire de l’Université Concordia, Ronald Rudin, qui est aussi membre d’un groupe de travail interuniversitaire et multidisciplinaire qui s’est penché sur le sujet.

« Je m’intéresse depuis longtemps à la façon dont nous présentons le passé dans le public », dit Ronald Rudin en entrevue. « Les monuments traditionnels donnent l’impression que le passé est fixe et immuable, ce qui n’est pas la réalité. » Le déboulonnage de la statue à la suite d’actes de vandalisme donne, croit-il, « une occasion de donner de la visibilité à une autre façon de penser » et de célébrer le caractère éphémère et changeant de notre perception de l’histoire.

Des organismes comme Héritage Montréal et Culture Montréal plaident plutôt, jusqu’à présent, pour une réintégration de la statue sur son socle, mais dans une mise en contexte des actions répréhensibles menées par celui qui fut nommé le 1er premier ministre du Canada en 1867.

Revisiter le passé

« La structure de dix-huit mètres de haut a commémoré une carrière politique marquée par de nombreux actes racistes, notamment la mise en place de pensionnats autochtones et l’imposition d’une taxe d’entrée aux immigrants chinois », mentionne le CCA dans la description du concours.

« Idéalement, il ne faudrait pas attendre que ces monuments et lieux de mémoire soient vandalisés avant de les revisiter de manière à assurer résilience et réconciliation », écrivait Héritage Montréal sur sa page Facebook vendredi matin.

« Si on décide de ne pas remettre la statue, on va cacher cette histoire-là au lieu de se donner une plateforme pour en parler », plaide Taïka Baillargeon, directrice adjointe aux politiques chez Héritage Montréal, qui siégeait également au comité interdisciplinaire qui a lancé l’idée de cette édition spéciale de la Charrette.

Idéalement, il ne faudrait pas attendre que ces monuments et lieux de mémoire soient vandalisés avant de les revisiter.


« Restaurer la statue, ce n’est pas nécessairement ce dont Montréal, ou le Canada, ont besoin », dit pour sa part l’artiste autochtone Nadia Myre, autre membre du comité. « L’idée d’ériger un contre-monument, aux côtés de la statue, peut être une solution, mais je n’ai jamais vu cette idée mise en œuvre à Montréal . Une autre idée serait de la fondre », dit celle qui ne veut pas influencer les propositions soumises à la Charrette.

Pour l’instant, la statue de John A. Macdonald est conservée par la Ville de Montréal dans un endroit secret. Durant sa campagne électorale, Denis Coderre a annoncé qu’il souhaitait qu’elle soit replacée sur son socle.L’administration de Valérie Plante a formé un comité pour évaluer le dossier. « Il y a un comité qui va réfléchir à tout ça après l’élection », dit Ronald Rudin. « Mais la Charrette va donner une certaine visibilité aux possibilités qui existent pour cet espace. »


Une version précédente de ce texte présentait Ronald Rudin comme professeur d’histoire de l’art à l’Université Concordia. Il est en fait professeur émérite au Département d’histoire de l'université.

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