La vision inclusive du MNBAQ, une cellule à la fois

Pierre-Yves Robert
Collaboration spéciale
L’exposition immersive Errance sans retour utilise différents médias afin de «mettre l’art au service d’un partage humaniste».
Photo: Idra Labrie/MNBAQ L’exposition immersive Errance sans retour utilise différents médias afin de «mettre l’art au service d’un partage humaniste».

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Dans les cellules de l’ancienne prison intégrée au pavillon Charles-Baillairgé du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), l’exposition multidisciplinaire Errance sans retour propose une expérience immersive plutôt singulière qui traduit bien la vision de l’institution de Québec : mettre l’art au service d’un partage humaniste.

« Notre mission historique, c’est de faire connaître, de promouvoir et de conserver l’art québécois, et d’assurer une présence de l’art international pour le public d’ici, explique Linda Tremblay, responsable des relations de presse au MNBAQ. Mais la vision que l’on a pour le musée, c’est l’inclusivité. On veut offrir des expositions humanistes, novatrices et expérientielles. »

Errance sans retour, présentée depuis mai dernier — et encore accessible jusqu’au 20 février 2022 —, incarne bien cette volonté d’inclusivité chère au MNBAQ.

À travers des photos du photographe Renaud Philippe, des extraits vidéo et des ambiances sonores des documentaristes Olivier Higgins et Mélanie Carrier, des dessins d’enfants et des dioramas créés par l’artiste Karine Giboulo, les six cellules présentent six tableaux qui font vivre la réalité des Rohingyas, minorité musulmane persécutée par la majorité bouddhiste au Myanmar et victime d’un génocide ayant fait des milliers de morts depuis 2016.

Photo: Idra Labrie/MNBAQ

Une centaine de figurines miniatures créées par l’artiste Karine Giboulo illustrent le quotidien d’un camp de réfugiés rohingyas.

 

Ce projet multidisciplinaire hautement émotif, issu d’une visite « cicatrisante » des documentaristes dans un camp du Bangladesh où 600 000 réfugiés rohingyas étaient entassés, veut « mettre l’art au service d’un partage plus humaniste », révèle Linda Tremblay.

« L’expérience que propose Errance rejoint notre vision d’inclusivité, en jetant un regard humaniste sur une réalité loin de nous, et en la faisant connaître aux gens par l’art. On ne peut pas faire un copier-coller d’Errance avec un autre projet d’exposition, car c’est une expérience unique. C’est une cueillette artistique qui permet de se plonger dans la réalité des camps de réfugiés rohingyas. »

L’émotion au cœur de l’art

Ce genre d’expérience immersive multimédia, comme le propose Errance sans retour, n’est pas unique au MNBAQ. On observe une tendance dans le monde muséal pour les expositions de ce type, plus interactives et où l’émotion est centrale au propos. Un moyen « d’être de son époque » et de s’assurer que tous les publics se reconnaissent, avoue Linda Tremblay.

« Ça fait partie de nos objectifs au musée. On a une volonté d’être innovants, d’utiliser différents [moyens d’expression] pour faire vivre des expériences immersives à nos visiteurs. Mais ce n’est pas parce que c’est un sujet sombre qu’on vit des émotions : l’émotion est au cœur de chaque projet. L’art permet de traiter tous les sujets avec délicatesse, finesse, réalisme et humanisme. »

Photo: Idra Labrie/MNBAQ

Des dessins d’enfants rohingyas habillent les murs de l’une des six cellules de l’exposition.

Est-ce à dire que l’émotion est quelque chose qui s’observe au musée, au même titre qu’un artefact ?

« L’émotion est toujours présente au musée, nuance Linda Tremblay. Devant une œuvre, peu importe qu’elle soit sonore ou visuelle, que ce soit une sculpture ou un tableau, ce qu’on vit en étant en contact avec une œuvre nous procure une émotion. Pour nous, l’expérience muséale, c’est ça : provoquer des émotions. »

Si le sort des Rohingyas s’éloigne de plus en plus des manchettes, les visiteurs affluent quant à eux de plus en plus au MNBAQ. C’est l’occasion de susciter curiosité et intérêt renouvelés pour Errance sans retour, et d’inviter à réfléchir à l’interconnexion des êtres humains… mais aussi à l’importance de l’art dans son quotidien.

« En pandémie, je crois que nous nous sommes tous rendu compte que l’art est important et nous manque quand on en est privés, conclut Linda Tremblay. Chaque projet d’exposition comporte ses particularités, et chaque thématique est unique. L’art nous permet d’explorer des zones différentes, et le musée est l’endroit où vivre cette gamme d’émotions. »

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