Une Grosse Pomme québécoise à New York

L’œuvre du réputé designer urbain Félix Marzell dévoilée mercredi à New York
Photo: Dix au carré L’œuvre du réputé designer urbain Félix Marzell dévoilée mercredi à New York

L’inauguration d’une œuvre d’art public est bien souvent un coup de dés pour son concepteur, qui peut aussi bien être accusé d’enlaidir le paysage qu’être encensé pour son génie créatif. Coup de chance cette fois-ci pour l’artiste montréalais Félix Marzell : c’est le second scénario qui semblait l’emporter, mercredi, à New York, après le dévoilement en grande pompe dans un parc de la métropole d’une pomme géante de bois, le fruit de plus d’un an et demi de travail acharné pour ce réputé designer urbain.

« Un mois avant que la pandémie frappe de plein fouet New York, j’étais dans une chambre d’hôtel de Broadway où la décoration était très chargée. Je ne voulais pas rester là et j’allais donc me réfugier sous la douche, où je chantais New York, New York. L’idée de la grosse pomme m’est venue naturellement et très en détail », explique avec une pointe d’humour Félix Marzell, président et fondateur de la firme Dix au carré, qui donne dans l’art urbain depuis neuf ans.

Huit millions de solitudes

Faut-il y voir une référence à la pomme de douche qui lui servait de micro lorsqu’il jouait les Sinatra dans son plus simple appareil ? Félix Marzell rit au téléphone. Au premier degré, évidemment, son œuvre évoque La Grosse Pomme, Manhattan. Cet endroit cosmopolite où l’on croque dans la vie, quand ce n’est pas elle qui nous dévore, la ville foisonnant de tentations.

Mais au-delà du fruit interdit, New York reste paradoxalement cette grande ville où se côtoient sans se connaître huit millions de solitudes, note le créateur. « Depuis deux jours, je vois défiler les gens rivés sur leur téléphone. Et soudain, ce matin, il y a cette grosse masse rouge. Les gens arrêtent et regardent quelques secondes avant de retourner sur leur téléphone, un peu étonnés. C’est ce que j’aime de mon métier, l’effet de surprise », renchérit-il quand vient le temps de donner un peu de profondeur à son œuvre, la première portant sa signature à avoir pignon sur rue à New York, bien que son entreprise ait des contrats aux quatre coins de globe.

Rapprocher les gens

Rendue possible grâce à une collaboration avec la multinationale Amazon et la Délégation générale du Québec à New York, « La Grosse Pomme » de Félix Marzell est installée dans un parc du quartier Hell’s Kitchen, dans Manhattan. Elle y restera pour les onze prochains mois. D’ici là, les gens peuvent s’asseoir à l’intérieur de la structure, un lieu clos, qui prête à la discussion, à l’abri de tout le brouhaha new-yorkais. « Je pense que durant la pandémie, on n’a pas manqué de rencontres, comme tout le monde se parlait sur des écrans. Par contre, on a manqué de lieux de rencontre. L’art urbain peut répondre à ça », insiste le dirigeant de Dix au carré.

Ce concept n’est pas sans rappeler le fameux Banc-Nana de la même firme de design. Ce banc en forme de banane installé près de la station Mont-Royal en 2015 est aujourd’hui exposé à Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix. C’est aussi Dix au carré qui est derrière le parc interactif en hommage à la chanteuse Lhasa de Sela, dans le Mile-End.

« Il faut créer un lien avec le cœur, et ce sont les idées les plus simples qui souvent font l’unanimité, car elles sont faciles à adopter. C’est une juste balance de réussir une œuvre d’art », note le luthier de formation, qui a encore la tête pleine de projets, pour Montréal comme pour le reste du monde. 

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