Pour son centenaire, le McCord veut amplifier les voix

Rose Carine Henriquez
Collaboration spéciale
Caroline Monnet et Laura Ortman, From my House to Yours (2021)
Photo: Photomontage Sébastien Aubin Caroline Monnet et Laura Ortman, From my House to Yours (2021)

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 100 ans du Musée McCord

Le Musée McCord fête en grand avec une riche programmation qui se poursuivra jusqu’à l’automne 2022. Rendant hommage aux grandes collections de l’institution, les expositions font également écho aux enjeux sociaux actuels et à l’imaginaire collectif.

« Le musée doit servir d’amplificateur des voix des populations historiquement marginalisées en leur laissant la parole. » C’est ainsi que la présidente et cheffe de la direction du Musée McCord, Suzanne Sauvage, décrit le rôle que devraient jouer les institutions muséales dans la société. Avec l’exposition Voix autochtones d’aujourd’hui : savoir, trauma, résilience inaugurée le 25 septembre dernier, le Musée McCord répond à cet appel à la décolonisation de l’art. « L’exposition a été entièrement réalisée en cocréation avec une équipe autochtone, explique Mme Sauvage. Ce n’est pas le Musée qui parle, mais bien les communautés. »

En outre, les sujets qu’incarne la centaine d’objets présentés et provenant de la collection Cultures autochtones du McCord frappent l’imaginaire du fait de leur actualité vivace. « On parle du savoir que les Autochtones peuvent nous transmettre et qui est exceptionnel, déclare Suzanne Sauvage. Le trauma est présent tous les jours dans les médias, et le volet résilient montre des exemples magnifiques de collaboration entre Autochtones et allochtones. Je pense que c’est une exposition très inspirante. » Le corpus de l’exposition est accompagné de 80 témoignages textuels et sonores de membres des 11 nations autochtones du Québec.

L’histoire sociale à l’honneur

En novembre prochain, Parachute : mode subversive des années 80 plongera les visiteurs dans la montée en gloire de la designer Nicola Pelly et l’architecte Harry Parnass qui ont fondé la marque Parachute à Montréal en 1977. « Ils étaient extrêmement avant-gardistes avec leurs créations androgynes inspirées de la sous-culture New Wave, explique Mme Sauvage. Ils ont eu un succès immense à Montréal, à New York et à Los Angeles. » C’est de la collection Mode et textiles que sont tirées les pièces qui seront données à voir et qui ont attiré l’œil de grandes célébrités telles qu’Andy Warhol ou Madonna. Parachute, c’est le dynamisme d’une culture qui bouillonnait dans toute l’Amérique du Nord, aux yeux de Suzanne Sauvage.

Pour continuer dans la subversion, les œuvres de l’artiste JJ Levine seront exposées dès février 2022 dans JJ Levine: photographies queers. « Il s’agit de toute sa réflexion sur l’identité de genre et la représentation des personnalités binaires, note la présidente du Musée. Il met en scène ses personnages dans un univers précis, il n’y a rien de spontané dans ses photos, il décide de reproduire un environnement. » Afin de pousser la discussion plus loin, un échange citoyen sera organisé le 28 novembre et abordera la question de l’appropriation culturelle dans la mode.

Un tête-à-tête avec un artiste méconnu

Le Musée McCord possède la plus importante collection de photographies de l’Écossais Alexander Henderson, qui comprend plus d’un millier de tirages d’époque ainsi que le fonds des archives familiales. Contemporain du grand William Notman, Henderson puise son inspiration dans la nature sauvage canadienne.

« C’est un photographe du paysage avec une forte puissance esthétique, et c’était probablement le plus grand photographe du paysage à son époque, souligne Mme Sauvage. Il est très peu connu, donc on va le faire découvrir aux Montréalais. » Selon la cheffe de la direction, ce sera également l’occasion de sensibiliser et de réfléchir à la vision coloniale dans la représentation du territoire et de ses habitants dans l’œuvre d’Henderson.

Le Musée McCord fait par ailleurs un autre cadeau aux Montréalais en leur offrant 100 jours gratuits, du 13 octobre 2021 au 19 janvier 2022. « Il faut venir voir ces expositions, car c’est l’occasion de découvrir des cultures, des environnements, des moments d’histoire bien différents », rappelle Suzanne Sauvage.

Comme avec Partition exquise, une exposition présentée ces jours-ci au Musée dans le cadre de la 17e Biennale de l’image MOMENTA, où sons et images se conjuguent avec lesœuvres de la New-Yorkaise originaire de la nation White Mountain Apache Laura Ortman et de l’artiste CarolineMonnet, d’origine anichinabée et française. De même qu’avec Univers enchantés, ces vitrines mécaniques de la maison Ogilvy, une tradition des Fêtes bien ancrée dans l’imaginaire québécois depuis 1947 et qui reprendront place au Musée dès le 3 décembre prochain.

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