Le défi perpétuel du financement

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
En 2018, la maison Ogilvy a légué ses traditionnels personnages mécaniques des vitrines des Fêtes au Musée McCord.
Photo: Studio OSA

En 2018, la maison Ogilvy a légué ses traditionnels personnages mécaniques des vitrines des Fêtes au Musée McCord.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 100 ans du Musée McCord

Une grande partie du financement du Musée McCord provient d’entreprises et de particuliers, qui soutiennent aussi les projets liés au centenaire de l’institution. La pandémie a toutefois compliqué les campagnes de financement depuis un an et demi.

Originaire de la Suisse, Bita Cattelan a découvert le Musée McCord lorsqu’elle étudiait à l’Université McGill. « Il est situé très près du campus et, en le fréquentant, j’ai beaucoup appris sur l’histoire de Montréal et du Canada, ce qui a contribué à mon intégration dans la communauté », se souvient-elle.

En 2013, elle a été pressentie pour se joindre au comité qui planifiait le Bal annuel du McCord, son événement de financement phare avant la crise sanitaire. Elle est aussi devenue une donatrice individuelle. « Je suis fière d’avoir participé à l’augmentation de la visibilité du musée grâce au Bal, qui a attiré jusqu’à 600 personnes en 2019 », confie-t-elle.

Avant la pandémie, la Fondation du Musée McCord fournissait environ les deux tiers des fonds privés du musée, qui représentent près de 60 % de son financement total. L’autre tiers provient de l’autofinancement, par exemple la vente de billets, les abonnements et les commandites.

« La Fondation a pour vocation d’assurer la pérennité du musée, indique la directrice Nathalie Lévesque. Nous y œuvrons grâce à notre fonds de dotation d’un peu plus de 32 millions de dollars et par l’entremise de collectes de fonds annuelles. »

Certains donateurs sont là depuis longtemps, comme la Fondation J. A. DeSève, qui a donné 680 000 $ au musée depuis 1999. « Depuis trois ans, nous leur remettons 75 000 $ par année afin de soutenir la gratuité d’entrée au musée et à ses activités pour les jeunes enfants », note René Goulet, fiduciaire de cette Fondation.

Turbulences en 2020

À leur dernière édition en 2019, le Bal annuel et le Bal sucré avaient permis d’amasser un million de dollars, un record pour ce petit musée privé à but non lucratif. La pandémie a porté un dur coup à ces activités et forcé la Fondation à se réinventer. Elle a par exemple organisé un apéritif-bénéfice virtuel qui invitait les gens à se joindre au caricaturiste Serge Chapleau, pour une décapante revue de l’année.

Plusieurs entreprises ont maintenu leurs engagements en 2020, malgré l’annulation du Bal annuel. C’est le cas de la SAQ, qui offre depuis 13 ans au McCord des dons financiers et… liquides, puisqu’elle fournit des produits alcoolisés pour plusieurs événements, dont les bals. La société d’État a fourni au fil des ans, l’équivalent de plus de 250 000 $ aux coffres du McCord et au gosier de ses invités, auxquels s’ajoutent 45 000 $ pour soutenir le centenaire.

« La SAQ fête, elle aussi, son centenaire cette année, souligne Ariane de Warren, directrice du marketing expérientiel, dons et commandites. Nos deux organisations ont vu les Montréalais et les Québécois évoluer sur un siècle. » Un mur du McCord sera d’ailleurs consacré dès octobre aux 100 ans de la SAQ, qui présentera les mutations des goûts des Québécois en matière d’alcool.

Tout de même, en 2020, les revenus de la Fondation ont fondu de moitié. Cela s’est conjugué avec la disparition des recettes liées à la billetterie. « Nous avons instauré un fonds de relance avec l’objectif de recueillir au moins 750 000 $, indique Nathalie Lévesque. Heureusement, les gens et la communauté d’affaires se montrent généreux. Par ailleurs, le centenaire nous offre une belle occasion de rayonner et de financer de nouveaux projets. »

Des deniers pour le centenaire

Dans le cadre du centenaire, le musée souhaite soutenir des projets phares en éducation et pour favoriser la francisation et l’accès à la culture. Il veut aussi générer des legs majeurs aux générations futures. Déjà, la mise en ligne des collections du McCord a été confirmée grâce à un don de la Fondation Azrieli.

Autre legs important : la création d’un Fonds du centenaire doté de 1,5 million de dollars pour aider le McCord à organiser des expositions d’envergure et à diffuser ses collections. Power Corporation parraine la levée de fonds des entreprises pour cette initiative et s’est engagée à égaler tous les dons jusqu’à un demi-million de dollars. « Nous sommes fiers de contribuer à la pérennité du McCord, un lieu inspirant qui célèbre les différentes communautés qui ont fait le Montréal d’aujourd’hui », souligne son premier vice-président, Paul C. Genest. Le Fonds du centenaire misera également sur une collecte auprès du grand public. 

Vincent Delisle, premier vice-président et chef des marchés liquides à la Caisse de dépôt et placement du Québec, siège au comité du centenaire. « Nous commencerons bientôt le volet “corporatif” de la campagne qui vise à amasser un million de dollars en cent jours, révèle-t-il. L’équipe réunit plusieurs gens d’affaires qui auront l’occasion de mettre à profit leurs réseaux pour soutenir une institution qui fait rayonner Montréal, met son histoire en valeur et présente la ville aux nouveaux arrivants. »

Le comité du centenaire compte aussi sur Jean-Michel Lavoie, vice-président régional au développement des affaires pour les régimes collectifs de retraite à Sun Life. « J’étais engagé dans l’organisation des bals depuis sept ans et, depuis 2020, je préside le conseil d’administration de la Fondation, raconte-t-il. Cela fait encore plus longtemps que Sun Life appuie le musée. Nous l’avons notamment aidé à numériser une partie de ses collections. »

Fierté locale

Pour convaincre les gens d’affaires d’appuyer le centenaire, il mise sur la fierté locale. « C’est le musée de l’histoire sociale de tous les Montréalais à travers le temps, rappelle-t-il. Ça touche une corde sensible chez Sun Life, qui a été fondée dans cette ville, et c’est important que la communauté d’affaires d’ici le soutienne. »

C’est aussi pour cela que Holt Renfrew Ogilvy appuie de longue date le McCord. Ogilvy a été fondée en 1866 à quelques encablures du McCord, et Holt Renfrew, né à Québec, a longtemps eu son siège social à Montréal. « Premier détaillant à introduire les vêtements Dior au Canada, nous avons commandité l’exposition Dior, mais également soutenu celles sur Balenciaga en 2018, sur Grace Kelly en 2013 et sur la mode italienne en 2016 », précise Natalie Lord, vice-présidente divisionnaire et directrice générale de Holt Renfrew.

Le commerce a aussi cédé au Musée McCord ses traditionnels personnages mécaniques des vitrines des Fêtes en mars 2018, afin que les gens puissent encore les contempler. Les vitrines mécaniques du magasin Ogilvy ont réjoui les jeunes et moins jeunes Montréalais de 1947 à 2018. Et grâce au partenariat avec la marque iÖGO nanö de Lactalis Canada, la tradition se poursuivra cet hiver devant le musée, rue Sherbrooke.

« Nous sommes ravis de nous associer une fois de plus à cette institution historique dans le cadre des célébrations du 100e anniversaire du Musée McCord. De donner vie à la magie et à l’émerveillement des vitrines des Fêtes d’Ogilvy et de jouer un rôle dans la préservation de cette tradition spéciale ancrée dans l’histoire de Montréal », confie Adrienne Pagot-Gérault, directrice générale, division Yogourt et produits laitiers de culture, Lactalis Canada.

« Le McCord est une des rares institutions culturelles de plus de cent ans à Montréal et il mérite que l’on assure son avenir », estime Nathalie Lévesque.

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